En 2024, la région de Fatick s’est imposée comme un pôle stratégique dans la dynamique extractive du Sénégal, enregistrant une contribution remarquable de 47,734 milliards de francs CFA, soit 10,47 % du total national. Cette progression significative, comparée aux 13,342 milliards de francs CFA générés en 2023, illustre un tournant décisif pour cette zone longtemps en marge des grands flux économiques du secteur. Au cœur de cette montée en puissance se trouve l’exploitation du projet pétrolier de Sangomar, dont les premiers barils ont marqué une étape symbolique et économique majeure, propulsant la région dans une nouvelle ère.
Selon le président du Comité national de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), Thialy Faye, cette évolution est directement liée à l’entrée en production de ce projet offshore, qui redéfinit les équilibres économiques à l’échelle nationale. L’impact est d’autant plus notable que la multinationale Woodside Energy domine largement le classement des contributions, avec plus de 30 milliards de francs CFA injectés dans l’économie. Cette présence confirme le rôle clé des investissements étrangers dans le développement du secteur, tout en soulevant la question de leur articulation avec les acteurs locaux.
Sur ce point, les signaux sont encourageants. L’année 2024 a vu une progression notable du contenu local, avec une participation accrue des fournisseurs sénégalais dans les marchés liés aux industries extractives. Sur un volume global dépassant les 2 000 milliards de francs CFA, une part significative a été captée par des entreprises nationales, traduisant une meilleure intégration des compétences locales dans la chaîne de valeur. Cette évolution constitue un levier essentiel pour la création d’emplois et le renforcement du tissu économique régional.
Cependant, cette dynamique positive ne masque pas les défis persistants. Le besoin d’accompagnement des opérateurs économiques locaux demeure crucial pour leur permettre de répondre aux exigences techniques et financières du secteur. Les autorités reconnaissent la nécessité d’un encadrement renforcé, notamment à travers des programmes axés sur la formation, l’accès au financement et le développement de partenariats stratégiques.
Parallèlement, l’État entend concilier exploitation des ressources et préservation des équilibres sociaux et environnementaux. Des initiatives sont envisagées pour soutenir les communautés locales, en particulier dans des domaines sensibles comme la protection de l’environnement et la pêche, deux secteurs directement impactés par les activités extractives.
La gouverneure de la région de Fatick, Ngoné Cissé, a d’ailleurs insisté sur l’importance d’une montée en compétence des entreprises locales afin qu’elles puissent pleinement bénéficier des opportunités générées. Elle souligne que, contrairement à d’autres régions, Fatick accuse un certain retard dans la maîtrise du contenu local, une situation qui limite le retour sur investissement pour les acteurs du territoire. L’enjeu est donc clair : transformer cette croissance quantitative en développement inclusif et durable.
Ainsi, entre performances économiques prometteuses et défis structurels à relever, la région de Fatick se trouve à un carrefour décisif. L’exploitation de ses ressources naturelles, portée par des projets d’envergure comme Sangomar, ouvre des perspectives inédites. Reste à s’assurer que cette richesse profite pleinement aux populations locales, dans une logique d’équité, de transparence et de durabilité.