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CHRONIQUE: LE PARADOXE DES MEDIAS SENEGALAIS

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Au Sénégal, l’univers des médias souffre d’un douloureux paradoxe : quand le corps des organes de presse s’agrandit sans cesse, l’esprit du journalisme tombe en chute libre. Quelle surprenante loi de la pesanteur !

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En effet, l’altérité qui rythme le nouvel ordre mondial n’épargne pas l’espace de la presse. Des journalistes bien formés, conscients de l’importance et de la lourde responsabilité de leur profession, cohabitent avec des hommes qui ont fait, de leur capital financier, le pont qui les relie aux médias. Et, par le pouvoir de l’argent, ces derniers sont maintenant devenus les dirigeants dans ce monde qui leur est loin d’être familier. Conséquence d’une presse qui marche avec la tête à l’image d’une pyramide inversée, la règle d’or des journalistes.

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Face à cette tempête qui s’abat dans le milieu des médias, la loi 96-04 relative aux organes de communication sociale, aux professions de journaliste et de techniciens, surtout dans son article 28 dote ces derniers précités un bon paravent pour se protéger des dérives qui tranchent avec les règles d’éthique et les principes déontologiques.
D’abord, cet article entre en conflit avec un mot qui est une plaie dans le milieu journalistique : la contrainte. Dans la mesure où ce terme ne se conjugue ni avec l’ « acte professionnel » du journaliste et du technicien de la communication sociale, ni à leur « conviction » ou à leur « conscience ». Somme toute, l’imposition n’est-elle pas mauvaise dans toute circonstance. En guise d’exemple, je cite la première phrase de l’article 28 de cette loi :

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« Le journaliste ou technicien de la communication sociale ne peut être contraint d’accomplir un acte professionnel ou d’exprimer une opinion contraire à sa conviction ni à sa conscience».

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Mais cette disposition fait-elle tâche d’huile dans la conscience des journalistes ?

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Jean Jacques Rousseau dit dans le Contrat social : « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ». Alors la désobéissance volontaire ou forcée à cette loi ne peut être qu’une aliénation. Voilà le mal profond qui habite, de nos jours, les professionnels de l’information et de la communication. L’ignorance ou la négligence de cette loi pousse certains journalistes à courber l’échine pour construire un bon canal où résonnent les opinions personnelles de leurs patrons de presse. Faute de bien les exprimer, ces patrons cherchent une belle plume, une belle voix ou une belle image pour le faire. Informer juste et vrai devient l’exception de la règle : désinformer. Les journalistes sont les agents qui causent dans la société les plaies qui sont difficiles voire impossible à cicatriser, les blessures morales.
Un journaliste qui décide de ne pas citer un quotidien dans sa revue de presse pour plaire à son patron le fait contre sa profession.

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Un journaliste qui écrit un édito qui engage non pas l’entreprise de presse mais les convictions de son patron (s’il n’est pas le rédacteur) le fait contre la conscience de son métier.

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Et ces deux exemples sont maintenant légions dans les médias. Car, dans un métier qui est devenu aussi précaire, bousculer la hiérarchie non par sa compétence mais par sa fidélité aveugle à son patron nécessite un sacrifice : la crédibilité.

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Et pourtant le journaliste peut développer un devoir d’ingratitude à l’endroit de son patron grâce à « la clause de conscience ».

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Cette disposition légifère le devoir moral du journaliste. D’abord, en cas de travaux qui lui est soumis et qui est contraire à sa profession. Mais surtout quand l’organe de presse change de ligne éditoriale antinomique à sa conscience. Grâce à la « clause de conscience », le journaliste peut quitter sa profession ou être obligé à quitter son métier avec tous les avantages financiers mais également moraux devant le juge et devant le peuple. Car mieux vaut être libre à FEM FM que d’être esclave au NEW YORK TIMES.

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PAPA ALIOUNE SARR

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Djiby SENE

Journaliste et Blogueur, Fondateur du Blog de la Jeunesse Consciente.

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