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Derrière les barreaux, le combat silencieux des femmes détenues au Sénégal

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La première fois que Maïmouna Diouf franchit les portes de la prison, elle crut qu’elle allait s’évanouir. La peur, l’odeur, l’inconnu. Tout se mélangeait dans sa tête. C’était en 2021. Ce jour-là, sa vie basculait.

Reconnu coupable d’infanticide par la justice, un crime qu’elle continue de nier, elle affirme avoir accouché d’un enfant mort-né qu’elle aurait enterré sans prévenir les autorités. Quoi qu’il en soit, la condamnation la conduit derrière les murs du centre de détention de Centre de détention de Thiès.

Dans sa cellule, la réalité la frappe de plein fouet. Dix femmes partagent un espace étroit où les vieux matelas, posés à même le sol, sont sales et imprégnés d’une odeur nauséabonde difficile à supporter. Elle se souvient encore de la question qui lui traversait l’esprit ce premier soir : « C’est ça, ma vie maintenant ? Comment vais-je dormir ici ? »

Pendant plusieurs années, elle vit dans ces conditions précaires, comme tant d’autres femmes incarcérées au Sénégal. Libérée en 2025, elle a choisi de transformer cette expérience douloureuse en engagement. Aujourd’hui, elle intervient bénévolement auprès des détenues pour leur apporter soutien et écoute.

La situation des femmes en prison a récemment été mise en lumière lors d’activités organisées dans le pays à l’occasion de la Journée internationale des femmes. Parmi ces initiatives, la distribution gratuite de protections menstruelles réutilisables destinées aux détenues, pour qui ces produits restent difficiles d’accès.

Selon les estimations, environ 280 femmes sont actuellement incarcérées au Sénégal, soit à peine 2 % de la population carcérale totale, qui avoisine les 14 000 détenus. Mais derrière ces chiffres se cachent des histoires de souffrance, d’attente et parfois d’injustice.

Le système judiciaire sénégalais est souvent critiqué pour sa lenteur. Un rapport du Département d’État des États-Unis publié en 2024 souligne que l’engorgement des tribunaux et l’absentéisme de certains magistrats peuvent entraîner un délai moyen de deux ans entre le dépôt d’une plainte et l’ouverture d’un procès.

Pendant cette longue attente, environ 60 % des personnes inculpées restent en détention. Les femmes, elles, sont généralement incarcérées à la Prison pour femmes de Liberté VI.

Pour Seynabou Diemé, cette situation est particulièrement éprouvante.

« C’est très difficile pour ces femmes, surtout celles qui sont innocentes mais qui attendent leur procès en prison. Beaucoup n’ont pas les moyens de se payer un avocat, et la pénurie de juges peut retarder encore davantage les procédures », explique-t-elle.

Certaines détenues auraient même attendu jusqu’à six ans avant que leur procès ne commence.

Mais la détention ne constitue pas le seul fardeau. Pour les femmes, la condamnation s’accompagne souvent d’une stigmatisation sociale profonde.

« Dans notre culture, on considère souvent qu’une femme n’a pas le droit à l’erreur », explique encore Seynabou Diemé. « Elle est censée tenir la maison, élever les enfants et préserver l’honneur de la famille. Si elle commet une faute, c’est toute la famille qui est jugée. »

Selon un rapport publié en 2021 par Prison Insider, près de la moitié des femmes détenues au Sénégal ont été condamnées pour infanticide, tandis qu’environ 23 % sont emprisonnées pour avortement. Dans le pays, l’interruption volontaire de grossesse reste interdite sauf lorsque la vie de la mère est menacée.

Pour Fatou Faye, la nature de ces accusations contribue largement à la stigmatisation des détenues. Elle supervise le programme pénitentiaire de Tostan, qui accompagne les femmes incarcérées en leur enseignant des activités génératrices de revenus comme la teinture de tissus ou la couture.

L’organisation mène également des médiations familiales afin d’aider les anciennes détenues à renouer des liens avec leurs proches après leur libération.

« Ce sont des êtres humains », rappelle Fatou Faye. « Chacune peut commettre un acte qu’elle regrettera toute sa vie. Mais elles devraient avoir la possibilité de se racheter. »

Malgré tout, certaines femmes trouvent dans leur famille une force inattendue. Maïmouna Diouf en fait partie.

Elle se souvient encore du jour où son frère l’a accompagnée à la prison. En voyant le vieux matelas sur lequel elle devait dormir, il lui a promis de lui en apporter un autre, plus propre. Pendant toute sa détention, sa famille lui a également apporté de la nourriture, du savon et des produits d’hygiène féminine que l’administration pénitentiaire ne fournit pas toujours.

Mais toutes les détenues n’ont pas cette chance.

Maïmouna se rappelle des nombreuses femmes qui pleuraient chaque soir dans la cellule. Non pas seulement à cause de la prison, mais parce qu’elles avaient été abandonnées.

« C’est très difficile d’être rejetée par sa propre famille », dit-elle.

L’histoire de AF illustre cette douleur. Condamnée à quatre ans de prison pour avoir avorté, elle préfère aujourd’hui rester anonyme tant la stigmatisation demeure forte.

En 2001, alors jeune mère, elle tombe enceinte une seconde fois. Ne se sentant pas capable d’élever un autre enfant, elle décide d’avorter clandestinement. L’intervention provoque des complications. À l’hôpital, le personnel médical signale son cas à la police.

Sa mère et sa sœur veulent la soutenir. Mais autour d’elles, les pressions se multiplient. Des proches et des membres de la communauté leur disent qu’elle ne mérite pas leur aide.

« Ils disaient que j’étais une mauvaise femme », se souvient AF.

Malgré cela, sa mère et sa sœur continuent de lui rendre visite en prison, lui apportant nourriture, savon et réconfort.

« C’était déchirant de les voir souffrir », raconte-t-elle. « Et moi, impuissante derrière les barreaux. »

Libérée en 2005, AF parvient peu à peu à reconstruire sa vie. Elle rejoint ensuite les programmes éducatifs de Tostan afin d’aider les femmes détenues à préparer leur retour dans la société.

Car même une fois libres, beaucoup continuent de porter la marque de la prison.

Certaines ne sont pas acceptées par leurs proches. D’autres n’arrivent pas à trouver du travail. Isolées et sans ressources, certaines replongent dans la criminalité et finissent par retourner derrière les barreaux.

Pour AF, la solution passe par davantage de compréhension et de solidarité.

« Les familles et les communautés devraient apprendre à pardonner », dit-elle.

Aujourd’hui, à travers leurs témoignages et leurs actions, des femmes comme Maïmouna Diouf, AF ou Fatou Faye tentent de briser le silence entourant la réalité carcérale féminine au Sénégal.

Car derrière chaque détenue, il y a une histoire. Une erreur, parfois. Une injustice, parfois aussi. Mais surtout une vie qui mérite, un jour, de recommencer.

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Djiby SENE

Journaliste et Blogueur, Fondateur du Blog de la Jeunesse Consciente.

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