On les imagine, ces hommes et ces jeunes, embarqués de nuit, le cœur lourd d’espoir et d’appréhension. Chacun portait un nom, une famille restée à terre, une promesse faite à une mère, à une épouse, à des frères : « Je reviendrai, je ferai en sorte que vous ne manquiez de rien. » Ils sont partis pour changer le cours d’une existence. La mer en a décidé autrement.
Sur les sites concernés, l’heure est à la douleur et au recueillement. La gouverneure de Louga, Ndèye Ngénar Mbodj, s’y est rendue ce dimanche pour suivre les opérations d’identification et de conservation des corps. Un travail lent, éprouvant, où chaque visage reconnu est une famille qui bascule. Pour les proches, l’attente se mesure en heures suspendues, entre la crainte et l’infime espoir de ne pas retrouver l’être cher parmi les disparus.
Dans un communiqué, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique a dit sa « vive émotion » et sa « profonde tristesse ». Au nom du président de la République et du Gouvernement, il a présenté ses sincères condoléances aux familles des victimes. Les services de l’État restent mobilisés pour poursuivre les recherches, porter secours à d’éventuels rescapés et accompagner les familles frappées par le deuil.
Mais au-delà du chagrin, c’est une question lancinante qui revient, drame après drame : combien de pirogues faudra-t-il encore pleurer ? Le Gouvernement a réaffirmé sa détermination à combattre les réseaux de passeurs, en renforçant notamment la coopération avec les pays voisins, ceux qui prospèrent sur le désespoir et monnayent des rêves au prix de la vie. Il a aussi appelé les populations à la vigilance face aux dangers de la migration irrégulière, et réitéré son engagement en faveur de l’insertion socio-économique des jeunes, car c’est bien là que se joue l’essentiel : offrir à une jeunesse pleine d’énergie des raisons de rester, de croire en son pays et de bâtir ici ce qu’elle va chercher si loin.
Lundi, le ministre de l’Intérieur, Mouhamadou Makhtar Cissé, est attendu sur les lieux du drame pour témoigner aux familles endeuillées et aux populations affectées la compassion et la solidarité de l’État. Un geste attendu, dans un village où le silence pèse plus lourd que le bruit des vagues.
Car à Kébémer, la mer continue de murmurer. Elle n’a pas fini de dire le nom de ceux qu’elle a emportés. Et dans chaque foyer endeuillé, une même prière s’élève : que ces vies fauchées ne soient pas parties pour rien, et que plus jamais une pirogue ne devienne un cercueil.
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