Il y a des chiffres qui racontent à eux seuls l’histoire d’une entreprise à la croisée des chemins. À La Poste, ce sont deux courbes qui ne se sont jamais rejointes : celle des effectifs, qui n’a cessé de grimper, et celle du chiffre d’affaires, qui a pris le chemin inverse. Entre 2012 et 2021, le groupe est passé d’environ 2 600 à plus de 4 100 agents, soit une hausse proche de 60 %, tandis que ses recettes reculaient de 26 %. Le diagnostic, présenté lors du Conseil interministériel du 1er septembre 2025, a fini d’installer l’évidence : l’entreprise portait une masse salariale devenue disproportionnée au regard de son activité.
C’est dans ce contexte que s’inscrit le plan de départs négociés, dont la première phase vient de livrer ses premiers résultats. Deux cent quatre-vingt-dix agents ont quitté la Société nationale La Poste, sur plus de 360 candidatures. Un chiffre que le directeur général, Maguette Kane, interprète comme le signe d’une « demande significative de départs volontaires ». Interrogé par l’APS à l’occasion de la Journée mondiale de La Poste, il a insisté sur le cadre dans lequel l’opération s’est déroulée : un dispositif encadré, respectueux des droits des travailleurs, et un climat social qu’il qualifie d’apaisé.
Derrière l’arithmétique, le dirigeant refuse pourtant de réduire la démarche à une simple cure d’amaigrissement. L’enjeu, explique-t-il, est aussi de remodeler les compétences. Car le métier a changé : le courrier traditionnel s’étiole, les métiers postaux se transforment, et l’entreprise doit désormais se projeter dans le numérique, la logistique, le commerce électronique, les services financiers digitaux et la relation client. Pour identifier les profils appelés à évoluer et les expertises à renforcer, le groupe prévoit un bilan des compétences, qui servira de boussole à cette mutation.
La suite est déjà esquissée. La trajectoire envisagée table sur une cible indicative d’environ 250 départs par an sur trois ans, un rythme qui dépendra toutefois des capacités financières de l’entreprise, du nombre de candidatures volontaires et des compétences jugées indispensables à la continuité du service public. Autrement dit, rien n’est gravé dans le marbre : le plan avance avec ses garde-fous.
Maguette Kane en est convaincu, le succès ne se mesurera pas au seul nombre de départs. Il faudra, dit-il, réduire les charges tout en préservant les compétences essentielles et en améliorant la productivité, un équilibre délicat pour une entreprise publique chargée d’une mission de service public. La poursuite du dialogue avec les organisations syndicales et les représentants des travailleurs sera, à ses yeux, la condition de la paix sociale durant cette phase de restructuration.
Reste à savoir ce que le temps dira. Le suivi de la mesure devra permettre de mesurer son effet sur la masse salariale, mais aussi sur la qualité du service rendu aux usagers et sur la capacité de La Poste à faire éclore ses nouvelles activités. C’est à cette triple aune que se jugera, au-delà des départs, la réussite d’un redressement dont la première étape vient d’être franchie.
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