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Ndella Madior Diouf : quand la solidarité devient un fardeau judiciaire

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Elle s’appelait Ndella Madior Diouf avant de devenir un symbole. Un symbole de controverse, de douleur, mais aussi, pour beaucoup, de solidarité abandonnée à elle-même. Fondatrice de la pouponnière Keur Yeurmandé, Ndella Madior Diouf n’a jamais prétendu être une héroïne. Elle a simplement voulu faire ce que d’autres ne faisaient plus : tendre la main à des enfants rejetés par la vie et oubliés par les institutions.

Dans un pays où l’abandon d’enfants demeure une réalité silencieuse, Ndella Madior Diouf a ouvert ses portes, souvent sans moyens, parfois sans soutien, toujours avec le cœur. Des nourrissons laissés derrière des murs, dans des rues ou des structures saturées, ont trouvé refuge à Keur Yeurmandé. Non pas dans le confort, mais dans l’intention sincère de sauver ce qui pouvait encore l’être.

Aujourd’hui, cette femme est détenue, poursuivie pour des chefs d’accusation lourds, dans une affaire qui a bouleversé l’opinion publique. Le dossier, renvoyé une nouvelle fois par la Chambre criminelle de Dakar, illustre aussi une autre réalité : celle d’un système qui tarde à répondre, pendant que les vies, elles, ne peuvent attendre.

Il est important de le rappeler avec force : Ndella Madior Diouf n’a jamais voulu nuire. Elle n’a pas cherché le profit, encore moins la mort. Elle a tenté d’assister, avec des moyens dérisoires, là où l’État était absent ou dépassé. Peut-on demander à une citoyenne d’assumer seule le poids de drames sociaux structurels, puis la juger comme si elle en était l’unique responsable ?

Soutenir Ndella Madior Diouf aujourd’hui, ce n’est pas nier la souffrance des familles ni les pertes tragiques survenues. C’est refuser une justice de l’émotion au détriment de la complexité humaine et sociale. C’est rappeler que la présomption d’innocence demeure un principe fondamental, et que la compassion ne doit pas disparaître derrière la rigueur des procédures.

Derrière l’accusée, il y a une femme. Derrière la femme, il y a une intention : aider des enfants abandonnés, là où plus personne ne regardait. Si des fautes ont été commises, elles devront être établies sereinement par la justice. Mais si la société a failli en laissant une citoyenne porter seule un fardeau collectif, alors cette responsabilité doit aussi être interrogée.

Ndella Madior Diouf n’est pas qu’un dossier judiciaire. Elle est le miroir d’un malaise profond : l’abandon des plus vulnérables et la solitude de ceux qui osent encore s’en occuper.

Dans l’attente de la vérité judiciaire, une chose demeure certaine : l’intention d’aider ne devrait jamais être effacée par le silence ou l’oubli.

SenBaat

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Djiby SENE

Journaliste et Blogueur, Fondateur du Blog de la Jeunesse Consciente.

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