Né le 18 juillet 1910 à Khombole et décédé le 25 janvier 2009 à Dakar, Mamadou Dia demeure une figure emblématique de l’indépendance du Sénégal et un acteur majeur de son histoire politique. Président du Conseil des ministres entre 1957 et 1962, il est à la fois célébré et controversé pour son rôle dans la crise politique de décembre 1962, qui marqua sa rupture avec Léopold Sédar Senghor, alors président de la République.
Un parcours d’instituteur à homme d’État
Diplômé de l’École normale William-Ponty, Mamadou Dia commence sa carrière comme instituteur avant de s’engager en politique. Avec Léopold Sédar Senghor, il fonde en 1948 le Bloc démocratique sénégalais (BDS), un parti précurseur dans la lutte pour l’indépendance. Élu député français en 1956, il accède à la présidence du Conseil du gouvernement sénégalais, puis devient Président du Conseil après l’indépendance en 1960. À ce poste, il porte une vision économique et sociale ambitieuse, prônant la rupture avec l’ancienne puissance coloniale et une souveraineté économique basée sur l’autogestion et la réforme des structures agricoles.
La crise de 1962 : la chute et l’incarcération
Les désaccords entre Dia et Senghor se creusent rapidement. Là où Senghor, plus modéré, favorise une continuité avec la France, Mamadou Dia adopte des positions plus radicales. En décembre 1962, une motion de censure orchestrée par des députés proches de Senghor vise à renverser son gouvernement. Refusant cette tentative, Dia demande l’intervention de la gendarmerie à l’Assemblée nationale. La motion est finalement adoptée, et Mamadou Dia est arrêté le 18 décembre 1962 pour “tentative de coup d’État”. Condamné à perpétuité en mai 1963, il passe douze ans derrière les barreaux avant d’être libéré en 1974.
Une mémoire longtemps effacée
Pendant des décennies, Mamadou Dia reste écarté de la mémoire officielle. L’histoire de l’indépendance sénégalaise est alors largement centrée autour de Léopold Sédar Senghor, présenté comme l’artisan de l’unité nationale. Mamadou Dia, perçu comme un symbole de radicalisme politique, subit l’ombre imposée par son rival. Pourtant, ses idées visionnaires, notamment son socialisme autogestionnaire et sa volonté de rompre avec les structures économiques héritées de la colonisation, continuent d’inspirer certaines figures politiques et mouvements sociaux.
Un retour progressif dans l’histoire nationale
Libéré en 1974, Mamadou Dia reprend le chemin de la politique avec la création du Mouvement pour le socialisme et l’unité (MSU). En 1983, il se présente à l’élection présidentielle, affirmant sa volonté de réformer profondément l’économie et les institutions sénégalaises. Toutefois, son influence reste limitée face à un système politique dominé par le Parti socialiste de Senghor et ses successeurs.
Son rôle historique sera progressivement réhabilité à partir des années 2000. Abdoulaye Wade, élu président en 2000, contribue à cette reconnaissance en rendant hommage à son ancien mentor et en saluant son intégrité politique. La jeunesse politique sénégalaise, en quête de nouvelles figures inspirantes, redécouvre alors la pensée et l’héritage de Mamadou Dia.
Un héritage revendiqué par toutes les sensibilités politiques
Aujourd’hui, la figure de Mamadou Dia transcende les clivages politiques. Des partis d’opposition comme Pastef-Les Patriotes d’Ousmane Sonko se réclament de son héritage, adoptant son discours sur la souveraineté économique et la nécessité de réformer les structures héritées de la colonisation. « Dès 1957, il dénonçait le franc CFA et militait pour une indépendance monétaire », souligne Moustapha Sarré, un dirigeant du Pastef, qui voit en lui un précurseur des combats contemporains pour une souveraineté africaine.
Du côté du pouvoir, Mamadou Dia est également honoré. En 2019, le building administratif de Dakar est renommé en son nom par le président Macky Sall, tandis que des initiatives telles que la Fondation Mamadou Dia pour l’économie humaine, dirigée par Moustapha Niasse, tentent de préserver son héritage intellectuel. Toutefois, pour de nombreux observateurs, ces gestes symboliques ne sont pas à la hauteur de son rôle dans la construction de l’État sénégalais moderne.
Un symbole pour la jeunesse africaine
Mamadou Dia incarne aujourd’hui un modèle d’intégrité et de rigueur dans la gestion des affaires publiques. Son engagement pour un patriotisme économique, sa volonté de bâtir un État souverain et indépendant des influences étrangères, ainsi que son refus des compromissions, en font une figure incontournable pour les jeunes générations africaines. « Il est devenu une référence aux côtés de Thomas Sankara et d’autres grandes figures panafricaines », confie Babacar Diop, maire de Thiès, qui a initié plusieurs hommages pour raviver sa mémoire.
Un destin tragique mais visionnaire
L’histoire de Mamadou Dia est celle d’un homme qui a payé le prix de ses convictions. Condamné à l’exil politique et à l’oubli, il aura néanmoins semé les graines d’une pensée politique radicale, centrée sur l’autonomie et le développement africain. Soixante ans après sa chute, son parcours continue de fasciner et d’inspirer. Le Sénégal, confronté à de nouveaux défis économiques et sociaux, semble redécouvrir dans ses idées des réponses aux questions brûlantes de l’heure : la souveraineté économique, l’indépendance monétaire et la justice sociale.
Ainsi, Mamadou Dia, malgré son destin inachevé, reste une figure immortelle de l’histoire sénégalaise et africaine.
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