Les révélations issues de l’enquête douanière visant la Société des mines de la Vallée du fleuve Sénégal (Somiva) ont mis en lumière des pratiques qui interrogent autant qu’elles inquiètent. Selon les conclusions du Bureau des investigations financières et de lutte contre les trafics illicites (Bitis), plus d’un demi-million de tonnes de phosphates auraient échappé aux radars de l’administration douanière sur une période de six ans. Au total, ce sont précisément 584 275 tonnes de phosphates non déclarées qui ont été recensées, pour une valeur estimée à 23 430 516 542 FCFA. Une découverte qui fait l’effet d’un séisme dans un secteur stratégique pour l’économie nationale.
L’enquête ne s’arrête pas là. Le Bitis souligne également l’absence, entre 2015 et 2021, d’avis de crédit permettant d’attester le rapatriement effectif des recettes issues des exportations de la Somiva. Le montant concerné est colossal : 97 810 369 344 FCFA. En d’autres termes, des flux financiers importants liés à la commercialisation internationale des phosphates n’auraient pas transité par les circuits bancaires officiels, soulevant des interrogations majeures sur la transparence et la traçabilité de ces opérations.
Les douaniers pointent par ailleurs un autre élément troublant : un écart de 62 874 330 245 FCFA entre la valeur déclarée par l’entreprise lors des exportations et la valeur réelle du marché pour les mêmes produits. Ce différentiel, jugé significatif par les enquêteurs, laisse supposer une sous-facturation systématique, un procédé souvent utilisé pour minorer les redevances dues à l’État ou pour faciliter le transfert illicite de capitaux.
Face à ces accusations, la Somiva avance ses arguments, mettant en avant des justifications techniques et administratives destinées à expliquer les irrégularités relevées. La Douane, elle, campe sur ses conclusions, estimant que les écarts constatés ne sauraient résulter de simples erreurs ou de divergences d’interprétation. L’affaire, désormais portée sur la place publique, ravive le débat sur la gouvernance des ressources extractives, la transparence dans le secteur minier et la nécessité d’un contrôle rigoureux pour protéger les intérêts du pays.
Ce dossier explosif pourrait bien marquer un tournant dans la gestion des richesses naturelles de la vallée du fleuve. Les prochaines étapes de la procédure diront si ces révélations déboucheront sur des sanctions, des réformes ou une refonte plus profonde du modèle de suivi et d’exportation des matières premières au Sénégal.
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