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🔮Portrait – Kouthia, le parcours inspirant du  »journaliste-humoriste » sĂ©nĂ©galais

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La quarantaine, Kouthia, de son vrai nom Samba Sine, est un des meilleurs humoristes du SĂ©nĂ©gal en particulier, et de l’Afrique de l’Ouest en gĂ©nĂ©ral. Il anime le «Kouthia Show», une Ă©mission quotidienne dans laquelle il passe en revue l’actualitĂ© nationale, en imitant l’une ou l’autre personnalitĂ© : un politique, un sportif, un artiste
De la RTS Ă  la TFM, en passant par Walf Tv, «Kouthia Show» suscite l’intĂ©rĂȘt du grand public. C’est dans cette optique qu’il s’est donnĂ© pour mission, tout en divertissant, d’éduquer, d’informer et d’éveiller les consciences, explique-t-il. C’est dans son t-shirt orange-bleu, tout modeste et confiant, tout sourire et accueillant, qu’il se livre Ă  cƓur ouvert et sans limites dans ce tout premier numĂ©ro de ‘‘SUD DETENTE’’.

Qui est Kouthia? Comment vous définiriez-vous ?

Je rĂ©ponds au nom de Samba Sine. Je suis quelqu’un qui a su trĂšs tĂŽt quel Ă©tait son destin, celui de rĂ©pandre la joie et de faire plaisir au monde. Ce qui fait que Kouthia rime avec sourire.

Et  d’oĂč vient ce nom ?

(Rires). C’est une longue histoire. En fait, il y a beaucoup de versions, mais il faut en retenir deux. La premiĂšre, c’est en rapport avec une expression qui me dĂ©rangeait «douma ci pouthia soumaci narĂ© pathia bako ». La seconde, c’était dans mon quartier oĂč vivait une famille diola, la famille Diedhiou. Un jour, alors qu’on jouait, notre ballon de foot a atterri dans leur plat, oĂč il y avait du « kouthia » (bissap, Ndlr). Du coup, le vieux Diedhiou, qui ne comprenait pas le wolof, s’est mis Ă  me courir aprĂšs en criant : « Kouthia, Kouthia, kouthia  » C’est comme ça que l’expression s’est propagĂ©e, et partout oĂč je passais, les gens disaient : « Pa Kouthia ngui nieuw » (le vieux Kouthia arrive, Ndlr). C’est de lĂ  que vient le surnom « Kouthia ».

Comment vous ĂȘtes-vous lancĂ© dans le mĂ©tier d’humoriste ? Par passion ou y a-t-il une quelconque raison qui vous a poussĂ© Ă  embrasser ce mĂ©tier ?

C’est plutĂŽt par passion. Car, dans l’environnement oĂč j’ai grandi, on se regroupait souvent avec mes frĂšres autour du thĂ©, que j’avais l’habitude de prĂ©parer. Par la mĂȘme occasion, on en profitait pour apporter des journaux tels que « Le cafard LibĂ©ré », journal de satire politique. Ce journal publiait des commentaires et des dessins d’Abdoulaye Wade, d’Abdou Diouf entre autres. Je m’en suis inspirĂ© pour faire des caricatures. L’humour Ă©tait dĂ©jĂ  un don chez moi. En fait, j’ai toujours Ă©tĂ© drĂŽle. Je vivais Ă  l’époque aux Hlm, citĂ© nouvelle Ă  l’époque, oĂč les gens Ă©taient rĂ©servĂ©s ; mais moi je restais toujours Ă©gal Ă  mon sens de l’humour, je suis free. En fin de compte, j’ai apportĂ© de l’ambiance dans ce quartier, par des blagues les soirs.

En dehors de cette activité, quelle autre profession exercez-vous ?

Avant, j’ai Ă©tĂ© dessinateur en bĂątiment, ce que j’ai appris Ă  faire Ă  l’Association sĂ©nĂ©galaise d’aide Ă  la formation et Ă  l’insertion (ASAFIN). D’ailleurs, je remercie M. Cissokho qui en Ă©tait le Directeur. Ce que peuvent confirmer mes promotionnaires. J’ai aussi fait une formation en Ă©lectricitĂ© pendant deux ans. J’en ai tirĂ© de l’expĂ©rience, car je n’ai pas oubliĂ© ce que j’ai appris. C’est juste quand j’ai du temps libre que je m’amuse Ă  tracer des figures. Mais, ce n’est pas une profession que je continue d’exercer.

Racontez-nous vos débuts dans le métier en 90 et les difficultés ?

Au dĂ©but, c’était difficile. Il fallait se donner Ă  fond pour s’en sortir. C’est comme si, au lieu de prendre l’ascenseur, on prenait l’escalier. Ce chemin est parsemĂ© d’embĂ»ches, il fallait le prendre pour rĂ©ussir et arriver Ă  sa fin. Et c’est l’escalier que j’ai pris. Il y a des artistes-comĂ©diens ascenseurs et des artistes escaliers. Les premiers naissent et montent  aussitĂŽt au  sommet. Tandis que pour les seconds, s’ils prennent l’escalier, ils auront le temps de marcher, de voir, de comprendre, d’analyser et de retenir la leçon, et c’est ça qui fait l’expĂ©rience. Avec l’escalier, tu rencontres Ă  chaque pas des piĂšges, on te met des bĂątons dans les roues mais tu les contournes. Avec l’ascenseur, le risque c’est que quand il tombe en panne, tu reviens Ă  la case dĂ©part. Il faut que tout le monde passe par les escaliers.

 Y a-t-il des personnes qui vous ont aidé à vous introduire dans le milieu ?

Oui. Dans l’ensemble, c’est Ă  la Radio TĂ©lĂ©vision SĂ©nĂ©galaise (RTS) et Ă  ses animateurs que je dois Ă  80 % ma rĂ©vĂ©lation au grand public. D’abord, c’est MoĂŻse Ambroise Gomis qui m’a donnĂ© mes chances par ses diverses Ă©missions, de « GĂ©nĂ©ration 80 » au « Petit théùtre ». La RTS, seule tĂ©lĂ© et radio de l’époque, donnait aux comĂ©diens l’opportunitĂ© de faire des shows. ParallĂšlement, il y avait Abdou Kader DiokhanĂ©, qui prĂ©sentait l’émission radiophonique « Ngonal » chaque samedi soir, et oĂč je faisais des blagues. Il y avait Ă©galement Sonia (Sonia Dia, dĂ©cĂ©dĂ©e en 2010, Ndlr), la journaliste-animatrice qui prĂ©sentait « Inter 12-14 » sur les ondes de Radio SĂ©nĂ©gal oĂč je passais souvent. En plus, Feu Sanokho Ă©tait le seul comĂ©dien, humoriste, imitateur et spĂ©cialiste des langues nationales Ă  l’époque. Pour me diffĂ©rencier de son style, j’ai commencĂ© Ă  imiter Abdoulaye Wade, MaĂźtre Babacar Niang, Hadji Mansour, El Hadji Mbaye PĂškh, des personnages politico-culturels et les hommes de mĂ©dia.

Comment préparez-vous vos émissions, comment vous documentez-vous sur le sujet pour entrer dans la peau de vos personnages ?

 Il faut avoir l’amour de ce que l’on fait pour rĂ©ussir ce mĂ©tier. Par exemple, pour imiter WorĂ© Sarr, Aida Diongue, se dĂ©guiser comme elles pour le faire, cela demande Ă  l’artiste d’ĂȘtre sans complexe afin de ne pas fausser son rĂŽle. AprĂšs avoir fait des recherches et cherchĂ© la voix du personnage Ă  imiter, j’affiche sa photo Ă  l’écran et je trouve les dĂ©guisements appropriĂ©s Ă  ce personnage pour attirer l’attention des tĂ©lĂ©spectateurs afin qu’ils puissent deviner la personnalitĂ© reprĂ©sentĂ©e. MĂȘme si l’Islam est contre le fait qu’un homme se dĂ©guise en femme, le but recherchĂ© c’est de faire plaisir aux gens par la comĂ©die. Ne pouvant pas imiter la personne Ă  100%, j’essaie de  faire le maximum pour ĂȘtre dans les 75 voire 80 %. Dans tous les cas, cela doit ĂȘtre une ambition.

Quels sont les personnages que vous prenez particuliÚrement plaisir à interpréter ?

Je suis particuliĂšrement content quand certaines personnes font l’actualitĂ©. Comme MadickĂ© Niang, Abdoulaye Wade etc. S’ils sont Ă  la Une, je me dis personnellement que l’émission sera bonne aujourd’hui. Je me base toujours sur l’actualitĂ© pour les imiter. C’est pourquoi, je ne me considĂšre pas comme un comĂ©dien comme les autres. Quand je le dis des fois, ils pensent que je les rabaisse, mais loin de lĂ . J’aurais pu les rejoindre dans ce qu’ils font mais je me suis tracĂ© un autre chemin : celui d’ĂȘtre un journaliste-humoriste utilisant la satire. C’est dans ce sens qu’il faut apprendre pour pouvoir traiter l’actualitĂ©. Il faut connaĂźtre les limites, l’éthique et la dĂ©ontologie. D’un autre cĂŽtĂ©, il y a des personnages comme Kadhafi par exemple, qui ne sont plus de ce monde, et que je me plaisais Ă  imiter. Je me plais aussi Ă  imiter des personnages qui ne sont plus d’actualitĂ© comme Yahya Jammeh. C’est pourquoi, je recrĂ©e l’actualitĂ© avec eux, pour faire plaisir Ă  mon public. En un mot, je prends du plaisir Ă  jouer ces diffĂ©rents rĂŽles. 

Kouthia a-t-il des sens interdits, des rĂŽles qu’il n’interprĂ©tera jamais ?

 Oui. Je m’abstiens d’intervenir dans le cadre religieux. En effet, je ne parlerai pas des sujets qui touchent aux diffĂ©rentes Tarikha, et je n’imiterai pas non plus un personnage religieux que le public respecte. Car, en les imitant, tu risques de perdre la face devant eux. Donc, tout ce qui touche les religieux, je laisse de cĂŽtĂ©.

Vous est-il arrivĂ© d’avoir des problĂšmes, pour avoir mis quelqu’un en scĂšne dans votre « Kouthia show » ? Avez-vous dĂ©jĂ  fait l’objet d’une menace ?

Pour l’instant, cela ne m’est jamais arrivĂ© (il touche du bois). Comme je l’ai soulignĂ© tout Ă  l’heure, si tu fais les choses dans les rĂšgles de l’art, tu ne risques rien. L’audace et la dĂ©rive n’ont pas de rapport avec l’art de plaire. Ma prioritĂ© reste l’information et l’humour qui est sa coloration. Chacun aime un type particulier chez Kouthia : sa danse, son dĂ©guisement, son maquillage ou son message, parce que je respecte le charisme et la personnalitĂ© de la personne Ă  imiter.

Vos interprétations de Me Abdoulaye Wade, Me Madické Niang, Yahya Jammeh, Mme Aminata Touré, Me El Hadj Diouf ou encore Amath Dansokho sont trÚs connues. Quelles relations entretenez-vous avec eux ?

En gĂ©nĂ©ral, je rencontre ces personnalitĂ©s lors de certaines occasions comme des soirĂ©es de Gala, dans des milieux que je frĂ©quente, mais ce n’est pas que je vais les voir personnellement. Je peux vous dire comment certains d’entre eux rĂ©agissent Ă  ma vue. Par exemple, pour Aminata TourĂ©, elle estime que « ce succĂšs l’a surprise ». Au dĂ©but, elle n’avait pas compris ; mais par la suite la chanson qui lui est destinĂ©e « Mimi ngui nieuw, Mimi ngui nieuw  » (Mimi arrive, Ndlr) est devenue positive Ă  ses yeux. L’image de la « Dame de fer » qu’elle incarnait jadis, a fini par s’attĂ©nuer. On  ne la voit plus de cette maniĂšre puisqu’elle est devenue joyeuse en fin de compte.

Quant Ă  Amath Dansokho, c’est mon pĂšre. Quand on se rencontre, il me charrie en prenant sa canne, faisant semblant de me donner un coup. Ce sont ses enfants qui lui rapportent mes imitations Ă  son propos. A cĂŽtĂ©, je suis beaucoup plus proche de MadickĂ© Niang, dans la mesure oĂč j’ai nouĂ© des relations avec les membres de sa famille.

Le « Kouthia show » est trÚs politique. Pourquoi ?

Oui, mais il n’y a pas que ça dans « Kouthia show ». En fait, c’est surtout quand l’actualitĂ© est politique que j’imite les personnalitĂ©s politiques, mais ce n’est pas Ă  cause d’une prĂ©fĂ©rence de ma part. Chaque matin, les diffĂ©rents journaux arrivent, je les regarde pour m’inspirer. AprĂšs, j’écoute la revue de presse de «  Walfadjri », « RFM » et « SUD FM ». C’est Ă  partir de lĂ  que je cherche oĂč se trouve la saveur qui va me servir Ă  agrĂ©menter mon Ă©mission. Si l’actualité  est trop politique, l’émission sera politique ; si elle est culturelle, l’émission sera aussi culturelle, ainsi de suite. Je ne crĂ©e pas l’information, je la cherche et je la trouve.

Il y a quelques temps, vous avez fait une sortie mĂ©diatique oĂč vous jetiez toute votre colĂšre sur vos collĂšgues de travail.  Etait-ce par mĂ©contentement ou est-ce dans votre nature ?

J’ai fait beaucoup de sorties dans les mĂ©dias. Celle que j’ai eue Ă  faire rĂ©cemment m’a d’ailleurs poussĂ© Ă  arrĂȘter puis Ă  revenir. Seulement, c’est des choses qui arrivent. Quelquefois, il arrive que tu ne puisses pas tolĂ©rer certaines choses, ce qui te pousse Ă  exprimer ta colĂšre. Peut-ĂȘtre qu’on choisit les mauvais endroits pour exprimer sa frustration, sans faire attention. C’est pourquoi, il faut avoir de la retenue en ces circonstances. Mais je pense que ce n’est pas trop mĂ©chant de dire ce que tu penses, d’exprimer ton opinion.  Les gens se posent des questions quand ils ne voient plus Kouthia et n’ont pas la possibilitĂ© de m’entendre m’expliquer. Ce qui fait qu’ils veulent connaĂźtre la raison de mon absence et savoir ce qui se passe. Ce n’est pas grave, sinon ma dignitĂ© ne me permettrait pas de revenir Ă  la TFM. En plus, si je ne parle pas Ă  voix haute, peut-ĂȘtre que d’autres vont le faire Ă  voix basse. Ce n’est pas dans mon intĂ©rĂȘt personnel que je le fais mais pour l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, pour dĂ©fendre la cause de tous les travailleurs. Je ne suis pas un syndicaliste mais je pense que c’est Ă  moi qu’on a donnĂ© la chance de parler, et c’est ce que j’ai fait.

Vous vous ĂȘtes plaint Ă  ce moment de ne pas ĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ© Ă  la hauteur du travail que vous faites Ă  la TFM. Pourtant malgrĂ© cette rĂ©bellion soudaine, vous n’avez pas pliĂ© bagage, comme vous aviez menacĂ© de le faire Ă  l’époque. Pourquoi ce changement?

(Avec humour, non mais toi, ta question remonte Ă  fort loin. Cela doit faire 4 ou 5 ans.) Sinon, pour parler sĂ©rieusement, ce n’est pas une question d’argent. Parce que si je voulais, je pourrais faire mon show sur Internet, crĂ©er ma propre chaĂźne sur Youtube avec l’aide de mes sponsors et quitter la TFM. Je serais bien payĂ© avec les nombres de vues. Mais je ne le ferai pas car ceux qui aiment Kouthia et qui se trouvent Ă  KĂ©dougou, Mbadakhoune par exemple, ne pourraient plus me suivre. Mais on place notre espoir en Youssou Ndour pour l’accompagner dans la rĂ©ussite de son projet. Il nous a poussĂ©s Ă  sacrifier notre avenir. En effet, on a laissĂ© derriĂšre nous notre carriĂšre car on aurait pu faire des tournĂ©es 4 fois dans le mois, dans les plus grandes rĂ©gions de l’Afrique, des tournĂ©es qui nous permettront de revenir avec suffisamment d’argent pour nourrir nos familles. Je ne minimise pas mon salaire. C’est Dieu qui a dit qui fait plaisir au fils d’Adam, je le rendrai heureux Ă  mon tour. Je prĂ©fĂšre le salaire que Dieu va me payer Ă  celui qu’on me paie ici Ă  la TFM.  Le but c’est de faire plaisir aux gens par mon show. Mais la vĂ©ritĂ©, c’est qu’on ne peut pas faire travailler quelqu’un sans le payer. Qu’on augmente le salaire ou pas, l’essentiel c’est qu’on soit toujours en vie.

En tant que figure humoristique cĂ©lĂšbre, vous avez une image Ă  prĂ©server. Souvent quand vous vous mettez en colĂšre, il vous arrive de vous emporter. Est-ce que vous y prĂȘtez attention, pour vos auditeurs, et est-ce que votre entourage vous interpelle en ce sens ?

Ecoutez ! Les gens ne sont pas fous, ils savent ce qui se passe. Si tu parles de ce genre de choses et que c’est une chose vraie et fondĂ©e, tout le monde va te croire parce qu’ils voient, ils vont reconnaĂźtre ton travail. Si je disais du n’importe quoi alors que je ne fais rien Ă  la TFM, on peut me critiquer. Mais on sait que je suis dans mon droit. On travaille tous les jours sur l’actualitĂ©, ce que tu dis et fais aujourd’hui tu ne le rĂ©pĂ©teras pas demain. Donc, on doit plus nous donner notre place, nous respecter. Mais, si celui que tu divertis ne partage pas ton opinion, on ne peut pas dire que c’est un fan. C’est pourquoi, Serigne Mbaye Sy Mansour lançait souvent un message Ă  la TFM lors des Gamou «  Il y en a qu’il faut mettre Ă  la place qu’ils mĂ©ritent, rĂ©compenser leurs efforts comme Kouthia par exemple ». Depuis, il y a des amĂ©liorations Ă  ce sujet.

Vous ĂȘtes considĂ©rĂ©s comme un des meilleurs humoristes de l’Afrique de l’Ouest. Et pourtant votre Ă©mission se fait en langue nationale. Cela ne peut-il pas ĂȘtre un obstacle dans la mesure oĂč votre public Ă©tranger n’a pas accĂšs Ă  ce que vous dites ?

C’est que nous, on a l’habitude de faire du « rethieulé » (on laisse Ă©chapper des mots) en français. Dans la plupart de mes imitations des personnages français, j’utilise leur langue et aprĂšs j’emploie le wolof. Les SĂ©nĂ©galais de l’extĂ©rieur (Mali, CĂŽte d’ivoire etc.) participent Ă  la traduction de « Kouthia show » en expliquant Ă  mes tĂ©lĂ©spectateurs ce que je dis. Seulement, quand l’imitation se fait en français, l’humour n’a pas l’effet recherchĂ©, son goĂ»t diminue. Mais avec mon style, je peux contourner cela Ă  ma maniĂšre, de sorte que le Français qui regarde puisse y voir l’humour Ă  travers mes dĂ©guisements, mes danses et gestes, par les mots que j’utilise.

Est-ce que vous songez Ă  faire des versions en français ou en anglais de votre Ă©mission « Kouthia Show » pour la rendre accessible sur l’espace international ?

En fait, ça fait partie d’un projet. Je ne voulais pas en parler mais il y a un professeur d’UniversitĂ© qui a Ă©crit un livre « Le SĂ©nĂ©gal des enlisements » dont les douze pages sont sur Kouthia. Il s’agit du Pr. NdĂ©nĂ© Mbodj. Il a l’espoir qu’un jour, on pourrait apprendre dans les universitĂ©s le mĂ©tier que fait Kouthia sur le traitement de l’actualitĂ© et son rĂŽle de rĂ©gulateur social. Il explique que je participe aussi Ă  la pratique de la dĂ©mocratie dans les pays. Par exemple, quand  j’imitais Yahya Jammeh, le peuple gambien Ă©tait Ă©tonnĂ© car il s’agit d’un homme qui est craint par son peuple et partout. Les gens ont fini par comprendre que la dĂ©mocratie existe et qu’on peut taquiner un prĂ©sident de la rĂ©publique. C’est pourquoi, le Pr. Mbodj pense que dans l’avenir, on peut traduire ce que je fais en français, en anglais pour que les jeunes universitaires puissent en profiter. En un mot, par mon art, je peux rĂ©veiller un peuple pour qu’il connaisse  leur droit et leur devoir.

Qu’est-ce qui caractĂ©rise la comĂ©die actuelle selon vous ? Et quelle lecture pouvez-vous faire de votre art maintenant?

Avant, il n’y avait pas le dĂ©veloppement des TIC alors qu’aujourd’hui nous sommes dans l’ùre de la vulgarisation des technologies de l’information et de la communication. Pour ma part, je prĂ©pare mon envol et je peux dire qu’aujourd’hui est mon premier jour de comĂ©die parce qu’il faut toujours chercher Ă  ĂȘtre meilleur. Ma carriĂšre commence Ă  partir de maintenant.

Quels sont vos derniers mots?

Je voudrais juste dire que la comĂ©die est trĂšs vaste. C’est comme si tu parles de « Sport » par exemple. Car, lĂ -dedans il y a des journalistes sportifs, spĂ©cialistes de football, de lamb (lutte traditionnelle, Ndlr) etc. Mais tu peux cumuler le tout. J’appelle les comĂ©diens Ă  ĂȘtre polyvalents et Ă  aller apprendre l’art pour qu’on les respecte, pour ĂȘtre des artistes complets. C’est pourquoi, je ne me rĂ©clame pas comĂ©dien, mais journaliste-humoriste. Je ne fais pas de « Wiri Wiri », ni « Idoles », je fais de l’information en version humour comme Les Guignols de l’info qui sont en France. Rester dans l’information, pour Ă©viter les dĂ©rives comme l’offense au chef de l’Etat car au SĂ©nĂ©gal c’est l’article 81 qui te fait tomber.

CONSEILS DE L’INVITE

A QUI : au Président  de la République  son Excellence M. Macky Sall.

SUR QUOI : Je donne trois conseils  au PrĂ©sident. D’abord, c’est de revoir les passations de service qui se dĂ©roulent avec trop de « moumbaye » au SĂ©nĂ©gal et on ne trouve ça nulle part ailleurs. Ensuite, il doit veiller Ă  ce que le ministre de la Culture n’attende pas que les artistes lui demandent des audiences car les dĂ©marches administratives sont compliquĂ©es. Macky Sall doit les pousser Ă  appeler et organiser des sĂ©minaires pour Ă©couter  et aider les artistes. La culture ne se dĂ©veloppe pas, il n y a pas de remaniement Ă  ce niveau. Enfin, il doit crĂ©er un Ministre chargĂ© des affaires religieuses pour faire connaĂźtre les enseignements de nos religions, mettre les chefs religieux au premier rang pour la stabilitĂ© du pays. Le ministre de l’IntĂ©rieur ne peut pas tout faire.                

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Djiby SENE

Journaliste et Blogueur, Fondateur du Blog de la Jeunesse Consciente.

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