La quarantaine, Kouthia, de son vrai nom Samba Sine, est un des meilleurs humoristes du SĂ©nĂ©gal en particulier, et de lâAfrique de lâOuest en gĂ©nĂ©ral. Il anime le «Kouthia Show», une Ă©mission quotidienne dans laquelle il passe en revue lâactualitĂ© nationale, en imitant lâune ou lâautre personnalitĂ© : un politique, un sportif, un artisteâŠDe la RTS Ă la TFM, en passant par Walf Tv, «Kouthia Show» suscite lâintĂ©rĂȘt du grand public. Câest dans cette optique quâil sâest donnĂ© pour mission, tout en divertissant, dâĂ©duquer, dâinformer et dâĂ©veiller les consciences, explique-t-il. Câest dans son t-shirt orange-bleu, tout modeste et confiant, tout sourire et accueillant, quâil se livre Ă cĆur ouvert et sans limites dans ce tout premier numĂ©ro de ââSUD DETENTEââ.
Qui est Kouthia? Comment vous définiriez-vous ?
Je rĂ©ponds au nom de Samba Sine. Je suis quelquâun qui a su trĂšs tĂŽt quel Ă©tait son destin, celui de rĂ©pandre la joie et de faire plaisir au monde. Ce qui fait que Kouthia rime avec sourire.
Et dâoĂč vient ce nom ?
(Rires). Câest une longue histoire. En fait, il y a beaucoup de versions, mais il faut en retenir deux. La premiĂšre, câest en rapport avec une expression qui me dĂ©rangeait «douma ci pouthia soumaci narĂ© pathia bako ». La seconde, câĂ©tait dans mon quartier oĂč vivait une famille diola, la famille Diedhiou. Un jour, alors quâon jouait, notre ballon de foot a atterri dans leur plat, oĂč il y avait du « kouthia » (bissap, Ndlr). Du coup, le vieux Diedhiou, qui ne comprenait pas le wolof, sâest mis Ă me courir aprĂšs en criant : « Kouthia, Kouthia, kouthiaâŠÂ » Câest comme ça que lâexpression sâest propagĂ©e, et partout oĂč je passais, les gens disaient : « Pa Kouthia ngui nieuw » (le vieux Kouthia arrive, Ndlr). Câest de lĂ que vient le surnom « Kouthia ».
Comment vous ĂȘtes-vous lancĂ© dans le mĂ©tier dâhumoriste ? Par passion ou y a-t-il une quelconque raison qui vous a poussĂ© Ă embrasser ce mĂ©tier ?
Câest plutĂŽt par passion. Car, dans lâenvironnement oĂč jâai grandi, on se regroupait souvent avec mes frĂšres autour du thĂ©, que jâavais lâhabitude de prĂ©parer. Par la mĂȘme occasion, on en profitait pour apporter des journaux tels que « Le cafard LibĂ©ré », journal de satire politique. Ce journal publiait des commentaires et des dessins dâAbdoulaye Wade, dâAbdou Diouf entre autres. Je mâen suis inspirĂ© pour faire des caricatures. Lâhumour Ă©tait dĂ©jĂ un don chez moi. En fait, jâai toujours Ă©tĂ© drĂŽle. Je vivais Ă lâĂ©poque aux Hlm, citĂ© nouvelle Ă lâĂ©poque, oĂč les gens Ă©taient rĂ©servĂ©s ; mais moi je restais toujours Ă©gal Ă mon sens de lâhumour, je suis free. En fin de compte, jâai apportĂ© de lâambiance dans ce quartier, par des blagues les soirs.
En dehors de cette activité, quelle autre profession exercez-vous ?
Avant, jâai Ă©tĂ© dessinateur en bĂątiment, ce que jâai appris Ă faire Ă lâAssociation sĂ©nĂ©galaise dâaide Ă la formation et Ă lâinsertion (ASAFIN). Dâailleurs, je remercie M. Cissokho qui en Ă©tait le Directeur. Ce que peuvent confirmer mes promotionnaires. Jâai aussi fait une formation en Ă©lectricitĂ© pendant deux ans. Jâen ai tirĂ© de lâexpĂ©rience, car je nâai pas oubliĂ© ce que jâai appris. Câest juste quand jâai du temps libre que je mâamuse Ă tracer des figures. Mais, ce nâest pas une profession que je continue dâexercer.
Racontez-nous vos débuts dans le métier en 90 et les difficultés ?
Au dĂ©but, câĂ©tait difficile. Il fallait se donner Ă fond pour sâen sortir. Câest comme si, au lieu de prendre lâascenseur, on prenait lâescalier. Ce chemin est parsemĂ© dâembĂ»ches, il fallait le prendre pour rĂ©ussir et arriver Ă sa fin. Et câest lâescalier que jâai pris. Il y a des artistes-comĂ©diens ascenseurs et des artistes escaliers. Les premiers naissent et montent aussitĂŽt au sommet. Tandis que pour les seconds, sâils prennent lâescalier, ils auront le temps de marcher, de voir, de comprendre, dâanalyser et de retenir la leçon, et câest ça qui fait lâexpĂ©rience. Avec lâescalier, tu rencontres Ă chaque pas des piĂšges, on te met des bĂątons dans les roues mais tu les contournes. Avec lâascenseur, le risque câest que quand il tombe en panne, tu reviens Ă la case dĂ©part. Il faut que tout le monde passe par les escaliers.
 Y a-t-il des personnes qui vous ont aidé à vous introduire dans le milieu ?
Oui. Dans lâensemble, câest Ă la Radio TĂ©lĂ©vision SĂ©nĂ©galaise (RTS) et Ă ses animateurs que je dois Ă 80 % ma rĂ©vĂ©lation au grand public. Dâabord, câest MoĂŻse Ambroise Gomis qui mâa donnĂ© mes chances par ses diverses Ă©missions, de « GĂ©nĂ©ration 80 » au « Petit théùtre ». La RTS, seule tĂ©lĂ© et radio de lâĂ©poque, donnait aux comĂ©diens lâopportunitĂ© de faire des shows. ParallĂšlement, il y avait Abdou Kader DiokhanĂ©, qui prĂ©sentait lâĂ©mission radiophonique « Ngonal » chaque samedi soir, et oĂč je faisais des blagues. Il y avait Ă©galement Sonia (Sonia Dia, dĂ©cĂ©dĂ©e en 2010, Ndlr), la journaliste-animatrice qui prĂ©sentait « Inter 12-14 » sur les ondes de Radio SĂ©nĂ©gal oĂč je passais souvent. En plus, Feu Sanokho Ă©tait le seul comĂ©dien, humoriste, imitateur et spĂ©cialiste des langues nationales Ă lâĂ©poque. Pour me diffĂ©rencier de son style, jâai commencĂ© Ă imiter Abdoulaye Wade, MaĂźtre Babacar Niang, Hadji Mansour, El Hadji Mbaye PĂškh, des personnages politico-culturels et les hommes de mĂ©dia.
Comment préparez-vous vos émissions, comment vous documentez-vous sur le sujet pour entrer dans la peau de vos personnages ?
 Il faut avoir lâamour de ce que lâon fait pour rĂ©ussir ce mĂ©tier. Par exemple, pour imiter WorĂ© Sarr, Aida Diongue, se dĂ©guiser comme elles pour le faire, cela demande Ă lâartiste dâĂȘtre sans complexe afin de ne pas fausser son rĂŽle. AprĂšs avoir fait des recherches et cherchĂ© la voix du personnage Ă imiter, jâaffiche sa photo Ă lâĂ©cran et je trouve les dĂ©guisements appropriĂ©s Ă ce personnage pour attirer lâattention des tĂ©lĂ©spectateurs afin quâils puissent deviner la personnalitĂ© reprĂ©sentĂ©e. MĂȘme si lâIslam est contre le fait quâun homme se dĂ©guise en femme, le but recherchĂ© câest de faire plaisir aux gens par la comĂ©die. Ne pouvant pas imiter la personne Ă 100%, jâessaie de faire le maximum pour ĂȘtre dans les 75 voire 80 %. Dans tous les cas, cela doit ĂȘtre une ambition.
Quels sont les personnages que vous prenez particuliÚrement plaisir à interpréter ?
Je suis particuliĂšrement content quand certaines personnes font lâactualitĂ©. Comme MadickĂ© Niang, Abdoulaye Wade etc. Sâils sont Ă la Une, je me dis personnellement que lâĂ©mission sera bonne aujourdâhui. Je me base toujours sur lâactualitĂ© pour les imiter. Câest pourquoi, je ne me considĂšre pas comme un comĂ©dien comme les autres. Quand je le dis des fois, ils pensent que je les rabaisse, mais loin de lĂ . Jâaurais pu les rejoindre dans ce quâils font mais je me suis tracĂ© un autre chemin : celui dâĂȘtre un journaliste-humoriste utilisant la satire. Câest dans ce sens quâil faut apprendre pour pouvoir traiter lâactualitĂ©. Il faut connaĂźtre les limites, lâĂ©thique et la dĂ©ontologie. Dâun autre cĂŽtĂ©, il y a des personnages comme Kadhafi par exemple, qui ne sont plus de ce monde, et que je me plaisais Ă imiter. Je me plais aussi Ă imiter des personnages qui ne sont plus dâactualitĂ© comme Yahya Jammeh. Câest pourquoi, je recrĂ©e lâactualitĂ© avec eux, pour faire plaisir Ă mon public. En un mot, je prends du plaisir Ă jouer ces diffĂ©rents rĂŽles.Â
Kouthia a-t-il des sens interdits, des rĂŽles quâil nâinterprĂ©tera jamais ?
 Oui. Je mâabstiens dâintervenir dans le cadre religieux. En effet, je ne parlerai pas des sujets qui touchent aux diffĂ©rentes Tarikha, et je nâimiterai pas non plus un personnage religieux que le public respecte. Car, en les imitant, tu risques de perdre la face devant eux. Donc, tout ce qui touche les religieux, je laisse de cĂŽtĂ©.
Vous est-il arrivĂ© dâavoir des problĂšmes, pour avoir mis quelquâun en scĂšne dans votre « Kouthia show » ? Avez-vous dĂ©jĂ fait lâobjet dâune menace ?
Pour lâinstant, cela ne mâest jamais arrivĂ© (il touche du bois). Comme je lâai soulignĂ© tout Ă lâheure, si tu fais les choses dans les rĂšgles de lâart, tu ne risques rien. Lâaudace et la dĂ©rive nâont pas de rapport avec lâart de plaire. Ma prioritĂ© reste lâinformation et lâhumour qui est sa coloration. Chacun aime un type particulier chez Kouthia : sa danse, son dĂ©guisement, son maquillage ou son message, parce que je respecte le charisme et la personnalitĂ© de la personne Ă imiter.
Vos interprétations de Me Abdoulaye Wade, Me Madické Niang, Yahya Jammeh, Mme Aminata Touré, Me El Hadj Diouf ou encore Amath Dansokho sont trÚs connues. Quelles relations entretenez-vous avec eux ?
En gĂ©nĂ©ral, je rencontre ces personnalitĂ©s lors de certaines occasions comme des soirĂ©es de Gala, dans des milieux que je frĂ©quente, mais ce nâest pas que je vais les voir personnellement. Je peux vous dire comment certains dâentre eux rĂ©agissent Ă ma vue. Par exemple, pour Aminata TourĂ©, elle estime que « ce succĂšs lâa surprise ». Au dĂ©but, elle nâavait pas compris ; mais par la suite la chanson qui lui est destinĂ©e « Mimi ngui nieuw, Mimi ngui nieuwâŠÂ » (Mimi arrive, Ndlr) est devenue positive Ă ses yeux. Lâimage de la « Dame de fer » quâelle incarnait jadis, a fini par sâattĂ©nuer. On ne la voit plus de cette maniĂšre puisquâelle est devenue joyeuse en fin de compte.
Quant Ă Amath Dansokho, câest mon pĂšre. Quand on se rencontre, il me charrie en prenant sa canne, faisant semblant de me donner un coup. Ce sont ses enfants qui lui rapportent mes imitations Ă son propos. A cĂŽtĂ©, je suis beaucoup plus proche de MadickĂ© Niang, dans la mesure oĂč jâai nouĂ© des relations avec les membres de sa famille.
Le « Kouthia show » est trÚs politique. Pourquoi ?
Oui, mais il nây a pas que ça dans « Kouthia show ». En fait, câest surtout quand lâactualitĂ© est politique que jâimite les personnalitĂ©s politiques, mais ce nâest pas Ă cause dâune prĂ©fĂ©rence de ma part. Chaque matin, les diffĂ©rents journaux arrivent, je les regarde pour mâinspirer. AprĂšs, jâĂ©coute la revue de presse de « Walfadjri », « RFM » et « SUD FM ». Câest Ă partir de lĂ que je cherche oĂč se trouve la saveur qui va me servir Ă agrĂ©menter mon Ă©mission. Si lâactualité est trop politique, lâĂ©mission sera politique ; si elle est culturelle, lâĂ©mission sera aussi culturelle, ainsi de suite. Je ne crĂ©e pas lâinformation, je la cherche et je la trouve.
Il y a quelques temps, vous avez fait une sortie mĂ©diatique oĂč vous jetiez toute votre colĂšre sur vos collĂšgues de travail. Etait-ce par mĂ©contentement ou est-ce dans votre nature ?
Jâai fait beaucoup de sorties dans les mĂ©dias. Celle que jâai eue Ă faire rĂ©cemment mâa dâailleurs poussĂ© Ă arrĂȘter puis Ă revenir. Seulement, câest des choses qui arrivent. Quelquefois, il arrive que tu ne puisses pas tolĂ©rer certaines choses, ce qui te pousse Ă exprimer ta colĂšre. Peut-ĂȘtre quâon choisit les mauvais endroits pour exprimer sa frustration, sans faire attention. Câest pourquoi, il faut avoir de la retenue en ces circonstances. Mais je pense que ce nâest pas trop mĂ©chant de dire ce que tu penses, dâexprimer ton opinion. Les gens se posent des questions quand ils ne voient plus Kouthia et nâont pas la possibilitĂ© de mâentendre mâexpliquer. Ce qui fait quâils veulent connaĂźtre la raison de mon absence et savoir ce qui se passe. Ce nâest pas grave, sinon ma dignitĂ© ne me permettrait pas de revenir Ă la TFM. En plus, si je ne parle pas Ă voix haute, peut-ĂȘtre que dâautres vont le faire Ă voix basse. Ce nâest pas dans mon intĂ©rĂȘt personnel que je le fais mais pour lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, pour dĂ©fendre la cause de tous les travailleurs. Je ne suis pas un syndicaliste mais je pense que câest Ă moi quâon a donnĂ© la chance de parler, et câest ce que jâai fait.
Vous vous ĂȘtes plaint Ă ce moment de ne pas ĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ© Ă la hauteur du travail que vous faites Ă la TFM. Pourtant malgrĂ© cette rĂ©bellion soudaine, vous nâavez pas pliĂ© bagage, comme vous aviez menacĂ© de le faire Ă lâĂ©poque. Pourquoi ce changement?
(Avec humour, non mais toi, ta question remonte Ă fort loin. Cela doit faire 4 ou 5 ans.) Sinon, pour parler sĂ©rieusement, ce nâest pas une question dâargent. Parce que si je voulais, je pourrais faire mon show sur Internet, crĂ©er ma propre chaĂźne sur Youtube avec lâaide de mes sponsors et quitter la TFM. Je serais bien payĂ© avec les nombres de vues. Mais je ne le ferai pas car ceux qui aiment Kouthia et qui se trouvent Ă KĂ©dougou, Mbadakhoune par exemple, ne pourraient plus me suivre. Mais on place notre espoir en Youssou Ndour pour lâaccompagner dans la rĂ©ussite de son projet. Il nous a poussĂ©s Ă sacrifier notre avenir. En effet, on a laissĂ© derriĂšre nous notre carriĂšre car on aurait pu faire des tournĂ©es 4 fois dans le mois, dans les plus grandes rĂ©gions de lâAfrique, des tournĂ©es qui nous permettront de revenir avec suffisamment dâargent pour nourrir nos familles. Je ne minimise pas mon salaire. Câest Dieu qui a dit qui fait plaisir au fils dâAdam, je le rendrai heureux Ă mon tour. Je prĂ©fĂšre le salaire que Dieu va me payer Ă celui quâon me paie ici Ă la TFM. Le but câest de faire plaisir aux gens par mon show. Mais la vĂ©ritĂ©, câest quâon ne peut pas faire travailler quelquâun sans le payer. Quâon augmente le salaire ou pas, lâessentiel câest quâon soit toujours en vie.
En tant que figure humoristique cĂ©lĂšbre, vous avez une image Ă prĂ©server. Souvent quand vous vous mettez en colĂšre, il vous arrive de vous emporter. Est-ce que vous y prĂȘtez attention, pour vos auditeurs, et est-ce que votre entourage vous interpelle en ce sens ?
Ecoutez ! Les gens ne sont pas fous, ils savent ce qui se passe. Si tu parles de ce genre de choses et que câest une chose vraie et fondĂ©e, tout le monde va te croire parce quâils voient, ils vont reconnaĂźtre ton travail. Si je disais du nâimporte quoi alors que je ne fais rien Ă la TFM, on peut me critiquer. Mais on sait que je suis dans mon droit. On travaille tous les jours sur lâactualitĂ©, ce que tu dis et fais aujourdâhui tu ne le rĂ©pĂ©teras pas demain. Donc, on doit plus nous donner notre place, nous respecter. Mais, si celui que tu divertis ne partage pas ton opinion, on ne peut pas dire que câest un fan. Câest pourquoi, Serigne Mbaye Sy Mansour lançait souvent un message Ă la TFM lors des Gamou « Il y en a quâil faut mettre Ă la place quâils mĂ©ritent, rĂ©compenser leurs efforts comme Kouthia par exemple ». Depuis, il y a des amĂ©liorations Ă ce sujet.
Vous ĂȘtes considĂ©rĂ©s comme un des meilleurs humoristes de lâAfrique de lâOuest. Et pourtant votre Ă©mission se fait en langue nationale. Cela ne peut-il pas ĂȘtre un obstacle dans la mesure oĂč votre public Ă©tranger nâa pas accĂšs Ă ce que vous dites ?
Câest que nous, on a lâhabitude de faire du « rethieulé » (on laisse Ă©chapper des mots) en français. Dans la plupart de mes imitations des personnages français, jâutilise leur langue et aprĂšs jâemploie le wolof. Les SĂ©nĂ©galais de lâextĂ©rieur (Mali, CĂŽte dâivoire etc.) participent Ă la traduction de « Kouthia show » en expliquant Ă mes tĂ©lĂ©spectateurs ce que je dis. Seulement, quand lâimitation se fait en français, lâhumour nâa pas lâeffet recherchĂ©, son goĂ»t diminue. Mais avec mon style, je peux contourner cela Ă ma maniĂšre, de sorte que le Français qui regarde puisse y voir lâhumour Ă travers mes dĂ©guisements, mes danses et gestes, par les mots que jâutilise.
Est-ce que vous songez Ă faire des versions en français ou en anglais de votre Ă©mission « Kouthia Show » pour la rendre accessible sur lâespace international ?
En fait, ça fait partie dâun projet. Je ne voulais pas en parler mais il y a un professeur dâUniversitĂ© qui a Ă©crit un livre « Le SĂ©nĂ©gal des enlisements » dont les douze pages sont sur Kouthia. Il sâagit du Pr. NdĂ©nĂ© Mbodj. Il a lâespoir quâun jour, on pourrait apprendre dans les universitĂ©s le mĂ©tier que fait Kouthia sur le traitement de lâactualitĂ© et son rĂŽle de rĂ©gulateur social. Il explique que je participe aussi Ă la pratique de la dĂ©mocratie dans les pays. Par exemple, quand jâimitais Yahya Jammeh, le peuple gambien Ă©tait Ă©tonnĂ© car il sâagit dâun homme qui est craint par son peuple et partout. Les gens ont fini par comprendre que la dĂ©mocratie existe et quâon peut taquiner un prĂ©sident de la rĂ©publique. Câest pourquoi, le Pr. Mbodj pense que dans lâavenir, on peut traduire ce que je fais en français, en anglais pour que les jeunes universitaires puissent en profiter. En un mot, par mon art, je peux rĂ©veiller un peuple pour quâil connaisse leur droit et leur devoir.
Quâest-ce qui caractĂ©rise la comĂ©die actuelle selon vous ? Et quelle lecture pouvez-vous faire de votre art maintenant?
Avant, il nây avait pas le dĂ©veloppement des TIC alors quâaujourdâhui nous sommes dans lâĂšre de la vulgarisation des technologies de lâinformation et de la communication. Pour ma part, je prĂ©pare mon envol et je peux dire quâaujourdâhui est mon premier jour de comĂ©die parce quâil faut toujours chercher Ă ĂȘtre meilleur. Ma carriĂšre commence Ă partir de maintenant.
Quels sont vos derniers mots?
Je voudrais juste dire que la comĂ©die est trĂšs vaste. Câest comme si tu parles de « Sport » par exemple. Car, lĂ -dedans il y a des journalistes sportifs, spĂ©cialistes de football, de lamb (lutte traditionnelle, Ndlr) etc. Mais tu peux cumuler le tout. Jâappelle les comĂ©diens Ă ĂȘtre polyvalents et Ă aller apprendre lâart pour quâon les respecte, pour ĂȘtre des artistes complets. Câest pourquoi, je ne me rĂ©clame pas comĂ©dien, mais journaliste-humoriste. Je ne fais pas de « Wiri Wiri », ni « Idoles », je fais de lâinformation en version humour comme Les Guignols de lâinfo qui sont en France. Rester dans lâinformation, pour Ă©viter les dĂ©rives comme lâoffense au chef de lâEtat car au SĂ©nĂ©gal câest lâarticle 81 qui te fait tomber.
CONSEILS DE LâINVITE
A QUI : au Président de la République son Excellence M. Macky Sall.
SUR QUOI : Je donne trois conseils au PrĂ©sident. Dâabord, câest de revoir les passations de service qui se dĂ©roulent avec trop de « moumbaye » au SĂ©nĂ©gal et on ne trouve ça nulle part ailleurs. Ensuite, il doit veiller Ă ce que le ministre de la Culture nâattende pas que les artistes lui demandent des audiences car les dĂ©marches administratives sont compliquĂ©es. Macky Sall doit les pousser Ă appeler et organiser des sĂ©minaires pour Ă©couter et aider les artistes. La culture ne se dĂ©veloppe pas, il n y a pas de remaniement Ă ce niveau. Enfin, il doit crĂ©er un Ministre chargĂ© des affaires religieuses pour faire connaĂźtre les enseignements de nos religions, mettre les chefs religieux au premier rang pour la stabilitĂ© du pays. Le ministre de lâIntĂ©rieur ne peut pas tout faire.               Â
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