Dans une région sahélienne où l’eau devient un enjeu stratégique majeur, l’Italie vient de poser un acte fort en faveur de la coopération sous-régionale. À Dakar, un protocole d’accord a été signé entre l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), l’ambassade d’Italie au Sénégal et l’Agence italienne pour la coopération et le développement pour financer le Projet d’appui à la gestion du bassin aquifère sénégalo-mauritanien (BASM). D’un montant de 2,3 millions d’euros, soit un peu plus de 1,5 milliard de francs CFA, ce financement vise à renforcer la gestion durable et concertée de cette immense réserve d’eau souterraine partagée entre la Gambie, la Guinée-Bissau, la Mauritanie et le Sénégal.
Derrière cette signature diplomatique se dessine en réalité une question vitale pour des millions d’habitants de l’Afrique de l’Ouest : celle de l’accès durable à l’eau. Dans une zone régulièrement confrontée aux effets du changement climatique, à la pression démographique et à la dégradation des ressources naturelles, le bassin aquifère sénégalo-mauritanien représente un patrimoine stratégique dont dépend une grande partie de la sécurité hydrique régionale.
Avec une superficie de plus de 331 000 kilomètres carrés, le BASM constitue l’une des plus importantes réserves d’eau souterraine de la sous-région. Il fournit à lui seul plus de 80 % des ressources en eau souterraine utilisées par les pays concernés. Cette réalité en fait un levier essentiel pour l’agriculture, l’élevage, l’alimentation en eau potable et le développement économique des territoires traversés.
Lors de la cérémonie de signature, le haut-commissaire de l’OMVS, Mohamed Abdel Vetah, a insisté sur les opportunités qu’offre ce projet pour les populations riveraines. Au-delà des infrastructures et des études techniques, l’ambition affichée est de mettre en place une gouvernance concertée capable de préserver durablement cette ressource commune, dans un contexte où les tensions liées à l’eau deviennent de plus en plus sensibles à travers le monde.
L’initiative traduit également le renforcement de la coopération entre les organisations sous-régionales africaines et leurs partenaires internationaux. La présence de représentants de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG) à la signature du protocole illustre cette volonté de mutualiser les efforts autour d’une ressource qui dépasse largement les frontières nationales.
L’Italie, à travers son ambassadrice Caterina Bertoloni, a réaffirmé son engagement à accompagner les pays de la région dans leurs politiques de gestion durable des ressources naturelles. Pour Rome, ce partenariat dépasse le simple cadre financier : il s’inscrit dans une logique de stabilité, de résilience climatique et de développement partagé.
À l’heure où plusieurs régions du monde connaissent déjà des crises liées à l’eau, la préservation du bassin aquifère sénégalo-mauritanien apparaît comme un défi stratégique pour l’avenir. La gestion durable de cette immense nappe souterraine pourrait devenir un modèle de coopération régionale en Afrique de l’Ouest, dans une période où les ressources naturelles imposent plus que jamais solidarité, anticipation et gouvernance commune.