Au cœur des priorités du gouvernement sénégalais, la question de la nutrition s’impose comme un levier stratégique du développement humain. Lors du Conseil des ministres présidé par le président Bassirou Diomaye Faye, le Premier ministre Ousmane Sonko a remis ce sujet au centre des débats, en insistant sur l’urgence d’adapter les politiques publiques aux nouveaux enjeux. L’ambition affichée est claire : renforcer la cohérence des actions en matière de nutrition en les alignant sur les orientations du Masterplan 2025–2034.
Dans cette dynamique, le chef du gouvernement a appelé à une actualisation de la Politique nationale de développement de la nutrition ainsi qu’à une révision du Plan stratégique multisectoriel de la nutrition pour la période 2024-2028. Une démarche qui traduit la volonté de mieux intégrer la nutrition dans l’ensemble des politiques sectorielles, notamment celles liées à l’éducation, à la santé et à l’agriculture, des domaines étroitement imbriqués dans la construction du capital humain. L’objectif est aussi de renforcer la gouvernance et la coordination entre les différents acteurs impliqués.
Au-delà des réformes institutionnelles, l’exécutif entend moderniser les outils de pilotage. La mise en place d’une plateforme digitale intégrée de gestion des données multisectorielles est ainsi annoncée avant la fin de l’année 2026. Cet outil devrait permettre une meilleure collecte, un suivi plus précis et une exploitation efficace des données liées à la nutrition, tout en facilitant la prise de décision. Parallèlement, une stratégie d’information, de communication et de sensibilisation est attendue, avec une attention particulière portée à l’éducation nutritionnelle dès les premières étapes du parcours scolaire et dans les programmes de formation et de recherche appliquée.
Cette mobilisation s’accompagne d’une exigence accrue envers les ministères concernés, invités à accorder une priorité élevée à la mise en œuvre de plans d’actions sectoriels dédiés à la nutrition. Une orientation qui s’inscrit dans une approche globale visant à agir simultanément sur les déterminants multiples de la malnutrition.
Les enjeux sont considérables. Selon les données rappelées lors de la rencontre, la sous-nutrition représente un coût économique annuel estimé à 856 millions de dollars, soit 3,2 % du revenu national brut. Un poids qui illustre l’impact direct de la nutrition sur la productivité, la santé et, plus largement, sur la croissance économique du pays.
Depuis plusieurs années, le Sénégal a multiplié les initiatives pour faire face à cette problématique. La transformation de la Cellule de lutte contre la malnutrition en Conseil national de développement de la nutrition en 2020 marque une étape importante dans l’organisation institutionnelle du secteur. De même, l’adoption de la Politique nationale de développement de la nutrition, mise en œuvre à travers le plan stratégique en cours, témoigne d’une volonté de structuration durable.
Sur le plan international, le pays s’inscrit également dans des dynamiques globales à travers des partenariats et des engagements multilatéraux. Des initiatives telles que le mouvement Scaling Up Nutrition ou encore Nutrition for Growth viennent renforcer les efforts nationaux et favoriser la mobilisation de ressources techniques et financières. À cela s’ajoute le partenariat avec le Global Financing Facility, qui accompagne le financement de programmes prioritaires.
L’État sénégalais a d’ailleurs significativement accru ses investissements dans ce domaine, avec un financement qui a été multiplié par cinq ces dernières années. L’introduction d’un outil de marquage budgétaire, visant à assurer une meilleure traçabilité des dépenses liées à la nutrition dans tous les secteurs, illustre cette volonté de transparence et d’efficacité.
Malgré ces avancées, les défis restent nombreux. Les indicateurs montrent une persistance du retard de croissance chez les enfants de moins de cinq ans, estimé à 17 %, tandis que la prévalence du kwashiorkor atteint 10 %. À cela s’ajoutent de nouvelles préoccupations liées à l’augmentation du surpoids et de l’obésité, notamment une obésité abdominale qui touche 22 % de la population, en particulier les femmes. Ces chiffres traduisent une double charge nutritionnelle, caractérisée par la coexistence de la sous-nutrition et des formes émergentes de malnutrition liées aux changements de modes de vie.
Face à cette réalité, le gouvernement entend poursuivre et intensifier ses efforts en adoptant une approche intégrée, capable de répondre à la complexité du phénomène. Entre réformes structurelles, innovations technologiques et mobilisation des acteurs, la nutrition apparaît plus que jamais comme un enjeu central pour l’avenir du Sénégal.