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Rapport 2020 sur les droits humains : Les récriminations d’Amnesty contre le Sénégal

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« Les forces de sécurité ont eu recours à une force excessive dans le maintien de l’ordre public. En janvier, un homme est décédé en garde à vue dans la ville de Fatick après avoir été, semble-t-il, battu par la police. Les conclusions de son autopsie, selon lesquelles il serait mort de « causes naturelles », ont suscité de violentes manifestations », note Amnesty dans son rapport en parlant du Sénégal. « Les autorités ont alors ouvert une enquête sur les trois policiers soupçonnés d’être responsables de ce décès. En mai, les gendarmes ont utilisé du gaz lacrymogène lors d’une conférence de presse tenue par des jeunes de Cap Skirring pour dénoncer le manque d’eau potable dans leur ville. Au moins deux participants, un homme et une femme, ont été grièvement blessés. En juin, quatre personnes qui manifestaient contre la démolition en 2013 de leurs logements, situés à Gadaye dans la banlieue de Dakar, la capitale, ont été blessées lorsque la police a dispersé leur rassemblement avec violence », poursuit le rapport de l’organisation internationale.


Concernant la liberté d’expression et de réunion, le document signale : « En juin, la police a arrêté Assane Diouf après qu’il eut critiqué le gouvernement dans une discussion vidéo en direct. Cet homme était toujours en détention à la fin de l’année pour les charges d’outrage à agent, d’appel à un attroupement armé et d’injures publiques à travers le net (ndlr, il a été libéré par la suite en fin janvier). En août, des membres de Dahiratoul Moustarchidine wal Moustarchidati ont mis à sac les locaux du journal « Les Échos » après la publication d’un article avançant que le chef de cette organisation religieuse avait contracté le Covid-19. Six suspects ont été arrêtés. En septembre, Adja Ndiaye, une journaliste de Dakaractu, a été agressée verbalement et physiquement par des policiers à Dakar, alors qu’elle effectuait un reportage. Elle a été blessée au cou et au dos, et sa caméra a été endommagée ».

A propos du droit à la santé du personnel soignant, le rapport poursuit : «En juin, le Syndicat autonome des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes du Sénégal (Sames) a menacé d’appeler à une grève pour dénoncer le manque d’équipements de protection individuelle et d’autres ressources nécessaires à la gestion de la pandémie de Covid-19 ; des médecins travaillant en première ligne ont également menacé de cesser le travail pour protester contre leurs salaires impayés et leurs mauvaises conditions de travail ».

Les conditions de détention dans les prisons ne sont pas en reste. « Les centres de détention étaient surpeuplés et le coronavirus n’a fait qu’aggraver les risques sanitaires pour les personnes incarcérées. En octobre, 10.804 personnes étaient emprisonnées au Sénégal, dont 5.052 en détention provisoire. Entre mars et septembre, les autorités ont libéré 3 731 détenus dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19. Deux détenus sont morts de cette maladie à la prison de Thiès, ce qui a déclenché des grèves de la faim parmi la population carcérale. Les grévistes réclamaient des tests à grande échelle. Au moins six personnes sont décédées, apparemment en raison de mauvaises conditions de détention, alors qu’elles se trouvaient en garde à vue ou qu’elles étaient détenues dans les prisons de Thiès et de Diourbel ».

Comme chaque année, Amnesty a aussi plaidé la cause des Lgbt. « Des militants ont fait l’objet de campagnes de diffamation et de menaces de mort. Aux termes du code pénal, les relations sexuelles entre personnes du même sexe étaient passibles d’une peine maximale de cinq ans d’emprisonnement. En octobre, 25 hommes et adolescents ont été arrêtés lors d’une fête privée à Dakar. Inculpés d’«actes contre nature», ils ont été placés en détention. Le 6 novembre, un tribunal de Dakar a condamné deux des adultes à six mois d’emprisonnement et cinq autres à trois mois. Les autres intéressés, y compris tous les mineurs, ont été libérés sans inculpation ».

Pour les droits des enfants, « un projet de loi visant à réglementer les écoles coraniques n’avait toujours pas été approuvé par le parlement. Douze élèves de ces établissements auraient été soumis à des actes de torture et à d’autres mauvais traitements par leurs enseignants. En février, un garçon de 13 ans a été battu à mort par son professeur dans la ville de Louga. En mars, la chambre criminelle du tribunal de grande instance de Dakar a condamné un maître d’école coranique à 10 ans d’emprisonnement pour « voies de fait et coups et blessures sur une personne de moins de 13 ans » et un autre membre du personnel à cinq ans d’emprisonnement pour non-assistance à personne en danger. Dans le contexte de la pandémie de Covid-19, les autorités ont annoncé avoir extrait 2 015 enfants de la rue : elles en ont rendu 1 424 à leur famille et ont placé les autres dans des centres d’accueil publics », note le rapport qui dénonce aussi des expulsions forcées : «Les communautés rurales de la région de Thiès luttaient toujours contre les menaces d’expulsions forcées liées aux projets d’entreprises agricoles et pétrochimiques empiétant sur leurs terres. La communauté agricole de Ndingler, près de la ville de Mbour, a perdu 0,75 kilomètre carré de terres collectives au profit d’un projet agroindustriel. En juillet, les autorités ont négocié une trêve dans ce différend, ce qui a permis aux agriculteurs et aux agricultrices d’accéder à leurs terres mais de façon limitée. La population du village de Tobène a accusé une entreprise pétrochimique de polluer ses terres agricoles et a contesté la décision de l’État d’allouer six hectares supplémentaires de terres agricoles à cette société. Elle a protesté contre l’indemnisation de neuf millions de francs de Fcfa (16 110 dollars des États-Unis) proposée par l’entreprise ».

Sur les exactions perpétrées par les groupes armées, Amnesty révèle : « La Casamance a connu une reprise des violences. En août, Hamidou Diémé, un ancien combattant du groupe armé Mouvement des forces démocratiques de la Casamance, a été tué par des hommes armés non identifiés à Diégoune, dans la région de Ziguinchor. À la fin de l’année, personne n’avait été traduit en justice pour cet homicide ».

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Djiby SENE

Journaliste et Blogueur, Fondateur du Blog de la Jeunesse Consciente.

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