Par-delà les joutes parlementaires et les passes d’armes avec l’opposition, la question de l’homosexualité s’est imposée, ces derniers jours, comme l’un des marqueurs politiques du nouveau pouvoir sénégalais. Mardi, à l’occasion de la séance plénière consacrée aux questions d’actualité à l’Assemblée nationale, le Premier ministre, Ousmane Sonko, a annoncé qu’il porterait lui-même un projet de loi visant à modifier le Code pénal, dans un contexte de forte tension politique et sociétale.
« C’est le premier projet de loi que je porte moi-même », a-t-il déclaré, précisant avoir saisi le président de l’Assemblée nationale en ce sens. Une manière d’assumer personnellement un texte à haute portée symbolique, alors que son parti, PASTEF, s’était engagé, durant la campagne, à «criminaliser l’homosexualité ».
Un texte pour « préciser » et « durcir »
Le gouvernement a déjà adopté, en Conseil des ministres, un projet de loi modifiant la loi n°65-60 du 21 juillet 1965 portant Code pénal. Selon le communiqué officiel, il s’agit notamment de revoir l’article 319 afin de préciser la définition des « actes contre nature », d’en durcir les peines et d’intégrer dans le champ des sanctions l’« apologie » ainsi que le financement de ces actes.
La porte-parole du gouvernement, Marie Rose Faye, s’exprimant par le biais du Bureau d’information et de communication du gouvernement (BIC-GOUV), a détaillé les grandes lignes de la réforme. Le texte doit désormais être examiné par les députés, dans un climat où les lignes de fracture dépassent les clivages partisans traditionnels.
Au Sénégal, l’homosexualité est déjà réprimée par le Code pénal. Mais pour les partisans du durcissement, les dispositions actuelles demeurent insuffisamment explicites. À l’inverse, des voix issues de la société civile et de certains milieux juridiques s’inquiètent d’une surenchère pénale et d’un risque d’atteinte accrue aux libertés individuelles.
Des affaires judiciaires qui ravivent les tensions
Deux dossiers judiciaires en cours, impliquant des personnes poursuivies notamment pour « actes contre nature », transmission volontaire du VIH et blanchiment de capitaux, ont ravivé le débat dans l’opinion. La médiatisation de ces affaires a alimenté une vague de commentaires sur les réseaux sociaux, parfois accompagnée de divulgations d’informations relevant du secret médical.
Sur ce point, le Premier ministre s’est montré ferme. Devant les députés, Ousmane Sonko a dénoncé la violation du secret médical, estimant que certaines informations diffusées publiquement relevaient d’une atteinte grave aux droits des personnes concernées. Une position qui tranche avec la fermeté affichée sur le terrain pénal, et qui souligne la complexité d’un débat où se mêlent considérations morales, juridiques et sanitaires.
Une séquence politique chargée
L’interpellation du député de l’opposition Abdou Mbow a servi de déclencheur à l’annonce du chef du gouvernement. Ce dernier rappelait à l’exécutif la promesse électorale de PASTEF sur la criminalisation de l’homosexualité, dans un contexte où l’opposition tente de placer le pouvoir face à ses engagements.
Mais la plénière n’a pas été dominée par ce seul sujet. La crise universitaire, marquée par des tensions récurrentes sur les campus, et l’emprisonnement de 18 supporters sénégalais au Maroc depuis la finale de la dernière Coupe d’Afrique des nations, ont également occupé une place centrale dans les échanges.
En choisissant de porter personnellement ce projet de loi, Ousmane Sonko inscrit son action dans une stratégie d’affirmation politique. Reste à savoir si cette initiative renforcera sa majorité ou accentuera les lignes de fracture au sein d’une société sénégalaise traversée par des sensibilités multiples, entre conservatisme religieux, aspirations démocratiques et exigences de l’État de droit.