Horticulture : une récolte record de 2,6 millions de tonnes propulse le Sénégal vers la souveraineté alimentaire

La campagne horticole 2024-2025 restera dans les annales comme une prouesse inédite dans l’histoire agricole du Sénégal. Pour la première fois, la production nationale de fruits et légumes a franchi la barre historique de 2,6 millions de tonnes, un record qui illustre à la fois la résilience des producteurs, la pertinence des politiques publiques et la vitalité d’un secteur désormais érigé en pilier de la souveraineté alimentaire. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 493.287 tonnes d’oignon, 211.000 tonnes de pomme de terre et 78.155 tonnes de banane ont été récoltées, marquant des progressions spectaculaires de +23,7 %, +48,4 % et +108,4 % par rapport à la campagne précédente.
Derrière cette performance se dessine l’engagement résolu de l’État, qui a mobilisé 19,7 milliards de FCFA pour subventionner les intrants. Grâce à cette enveloppe, 11.945 tonnes de semences de pomme de terre de haute qualité ont été importées, 7.000 tonnes de semences locales produites et distribuées, 44.500 tonnes d’engrais minéraux mises à la disposition des producteurs, sans oublier 22.000 litres d’engrais foliaires et 7.700 tonnes d’amendements organiques. À cela s’ajoute un soutien à la recherche avec la mise en circulation de 500.000 vitroplants et 1.000 tonnes de semences élites, confirmant que la bataille de l’autonomie semencière est désormais engagée.
Cette envolée n’aurait pas été possible sans une meilleure coordination des acteurs du secteur et une politique d’import-substitution audacieuse, qui a temporairement gelé les importations d’oignon, de carotte, de banane et de pomme de terre, garantissant ainsi l’écoulement de la production nationale. En moins d’un an, le Sénégal a renversé la problématique de la pénurie pour affronter un nouveau défi : celui de l’abondance. Si les marchés se retrouvent saturés, provoquant une chute des prix et des pertes post-récolte, cette abondance devient paradoxalement un gisement d’opportunités. Car elle ouvre la voie à l’investissement dans le stockage, la transformation et la valorisation, autant de leviers pour créer de la valeur ajoutée et de nouveaux débouchés à l’export.
En filigrane de cette réussite, trois axes stratégiques se dessinent pour pérenniser les acquis : renforcer la résilience de la filière grâce à une meilleure maîtrise de l’eau et des semences adaptées aux changements climatiques ; moderniser la chaîne de valeur par la construction de chambres froides, de magasins modernes et d’unités industrielles de transformation capables d’absorber les surplus ; et enfin, améliorer la gouvernance par la digitalisation, l’organisation des producteurs et l’accès au financement.
La campagne horticole 2024-2025 consacre ainsi le passage du Sénégal à une nouvelle ère agricole. Le pays ne se contente plus de produire pour survivre : il produit pour nourrir, transformer, exporter et s’imposer comme une référence régionale. Le pari de la souveraineté alimentaire est en passe d’être gagné, mais le défi à venir est clair : transformer l’excédent en richesse durable. Comme l’a résumé le Directeur de l’Horticulture, Cheikh Ahmet Bassirou Sané, « nous sommes passés de la problématique de la pénurie à celle de l’abondance. C’est une victoire, mais aussi un nouveau défi. À nous de le transformer en opportunité pour nos agriculteurs et pour l’économie nationale ».












