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Journée des Martyrs : Au Grand Théâtre, Ousmane Sonko parle au nom d’un pays blessé qui veut se relever

Ce dimanche chargé d’histoire et d’émotion, le Grand Théâtre est devenu le cœur battant d’une nation meurtrie. Une salle silencieuse, un public tendu, des familles éplorées, des survivants dignes et debout. Et au milieu d’eux, Ousmane Sonko. Non pas le Premier ministre. Non pas le leader politique. Mais un homme marqué, parlant à d’autres hommes et femmes marqués. Un frère parmi les siens.

Son discours, prononcé lors de la Journée des Martyrs, a résonné comme une plainte, un serment et un acte politique fondateur.

Une parole qui n’était ni une justification, ni un plaidoyer : une promesse face à la mémoire des morts.

Un hommage qui serre la gorge

Dès les premiers mots, la gravité s’impose :

« Le Sénégal se souvient. Le prix de notre liberté. »

Sonko revient sur ces vies fauchées, ces visages effacés par la violence d’un système qui a voulu, dit-il, « écraser un peuple debout ».

Pour les familles, dont les sanglots n’ont jamais cessé depuis les événements, il offre une reconnaissance simple mais puissante :

« Vos enfants ne sont pas des statistiques : ce sont des héros. »

Des phrases lourdes de sens, qui ont trouvé un écho particulier chez celles et ceux qui ont enterré un fils, un frère, un ami. Chaque respiration du public semblait retenir un nom, un souvenir, un cri.

Les anciens détenus et blessés élevés au rang de symboles

Le Premier ministre s’adresse ensuite aux anciens détenus politiques et aux blessés, revenus des « ténèbres ».

À ces corps brisés, il rend une forme d’hommage rarement exprimée dans la sphère politique :

« Vos cicatrices sont des décorations nationales. »

Dans la salle, certains essuient des larmes. D’autres, la tête haute, serrent les poings. Le récit des violences d’hier devient matière à construire demain.

Une autobiographie morale en filigrane

Sonko ne parle pas seulement de l’histoire collective ; il expose aussi sa trajectoire personnelle comme un fil conducteur du combat :

Radiation.

Persécution.

Prison.

Greve de la faim

Résilience.

Une liste énoncée comme un credo, un chemin de croix qui mène finalement au pouvoir. Sonko insiste sur la dimension collective de cette ascension :

« Je ne suis pas votre chef. Je suis votre mandataire. La main qui signe est votre main. »

Ce passage, fort et expressive, a tiré des applaudissements spontanés.

Un projet : transformer le deuil en action

Mais le discours n’est pas seulement mémoriel. Il trace une voie politique.

Pour honorer les martyrs, dit-il, il faut :

révéler toute la vérité, sans compromis ;

élucider chaque dossier, nom par nom ;

mettre fin à l’impunité ;

reconstruire un État juste ;

bâtir une économie de la dignité.

Deux propositions retiennent particulièrement l’attention :

• Un mémorial national des victimes

• Un panthéon de la démocratie sénégalaise

Deux lieux qui deviendraient, selon lui, les « pierres sacrées » d’une République renouvelée, dénonçant la répression passée et refusant l’oubli.

L’appel à la mobilisation : un million de sentinelles

Dans une dernière partie, Sonko quitte le registre de l’hommage pour entrer dans celui de la mobilisation.

Trois axes majeurs sont annoncés :

Atteindre un million d’adhérents PASTEF d’ici fin 2026.

Créer 10 000 cellules citoyennes de vigilance dans tout le pays.

Redynamiser les actions de solidarité (dons de sang, nettoiement, soutien scolaire).

Le message est clair : la révolution, dit-il, « commence dans la fragilité » et son plus grand ennemi est l’oubli.

Le serment final : une scène qui restera dans l’histoire politique

La conclusion, vibrante, est sans doute le moment où la salle a basculé dans une communion poignante. Sonko déclare :

« Les martyrs ne sont pas derrière nous, ils marchent devant. »

Puis il prononce un serment, debout, les yeux fermés un instant, comme pour sentir la présence invisible de ceux dont il célèbre la mémoire :

« Nous n’échouerons pas.

Nous ne faiblirons pas.

Nous ne trahirons jamais.

Nous ne les trahirons jamais. »

Dans l’assistance, certains se lèvent. D’autres s’effondrent en larmes.

L’histoire politique du Sénégal retiendra sans doute cette scène : une salle debout, un homme face à un héritage qui le dépasse, et un pays qui tente de recoller les morceaux de sa dignité.

Un pays encore blessé, mais debout

En clôturant son discours, Sonko rappelle que cette journée n’est pas un simple rendez-vous symbolique.

C’est le début d’un long chantier : celui de la justice, de la mémoire, de la reconstruction morale et institutionnelle d’un pays qui veut tourner la page sans effacer les crimes.

Un article ne suffira jamais à restituer la charge émotionnelle de cette journée.

Mais une chose est certaine :

le Grand Théâtre n’était pas qu’un lieu. C’était une cicatrice ouverte, un sanctuaire, un tribunal de la conscience nationale.

Et ce dimanche, Ousmane Sonko y a parlé comme un homme qui sait que chaque mot peut soigner, ou raviver la douleur.

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Journaliste et Blogueur, Fondateur du Blog de la Jeunesse Consciente.
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