Keur Massar : plongée au cœur d’un réseau clandestin de production de contenus pornographiques

152 vidéos saisies, cinq arrestations, une enquête d’infiltration minutieuse menée par la gendarmerie.
La Brigade de recherches (BR) de Keur Massar a porté un coup dur à un vaste réseau de production et de diffusion de contenus pornographiques opérant entre Dakar, sa banlieue et l’Europe. Les mis en cause ont été présentés, ce lundi 5 janvier 2026, au procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Pikine-Guédiawaye.
Un réseau structuré aux ramifications internationales
Selon des informations exclusives recueillies par Seneweb, cinq personnes ont été interpellées dans cette affaire. Il s’agit de Modou Seck, 31 ans, commerçant, présenté comme l’un des pivots du réseau, Ibrahima Diop, 35 ans, basketteur et chargé de la réalisation des vidéos, Mariama Ka, 37 ans, commerçante, Onugbu Lobth, ressortissante nigériane âgée de 30 ans, et Aissatou Cissokho, commerçante congolaise de 27 ans.
Les investigations ont permis la saisie de 152 vidéos à caractère pornographique, stockées principalement sur des téléphones et supports numériques appartenant aux suspects.
L’enquête révèle l’existence d’une organisation bien structurée, travaillant en lien avec des administrateurs de sites pornographiques basés en Europe, notamment NANDITE.COM et NEXNA.COM, plateformes sur lesquelles les contenus produits localement étaient diffusés.
Des rôles bien définis
D’après les enquêteurs, Modou Seck, connu sous le pseudonyme de « Papito », jouait un rôle central dans le dispositif. Il assurait, avec Mariama Ka, le recrutement des participants, principalement issus du milieu de la prostitution, et participait lui-même aux tournages.
Ibrahima Diop, surnommé « Flex », était chargé de la captation, du montage et de la transmission des vidéos aux administrateurs européens via des applications de messagerie instantanée, contre rémunération.
D’autres intervenants gravitaient autour du noyau dur :
– publication d’annonces de recrutement sur les réseaux sociaux,
– gestion de lieux servant aux tournages,
– participation récurrente de certaines actrices, souvent masquées pour préserver leur anonymat.
Une infiltration décisive de la gendarmerie
Pour démanteler ce réseau qualifié de criminalité organisée, la BR de Keur Massar a misé sur une stratégie d’infiltration. Une agente de renseignement, opérant sous une fausse identité, a intégré le groupe via Instagram pendant plusieurs semaines, collectant des preuves déterminantes.
Le 1er janvier 2026, les gendarmes ont exploité un rendez-vous fictif organisé par Modou Seck pour procéder à sa première interpellation. L’exploitation de son téléphone a conduit à la découverte des 152 vidéos incriminées.
Cette arrestation a permis, par effet domino, l’interpellation progressive des autres membres, ainsi que la saisie de matériel audiovisuel et d’éléments corroborant leur implication.
Auditions et lignes de défense
Lors des auditions, les mis en cause ont reconnu, à des degrés divers, leur participation aux faits. Certains ont invoqué des difficultés financières, d’autres ont sollicité la clémence de la justice.
Aissatou Cissokho, pour sa part, a nié catégoriquement les accusations, malgré les éléments matériels versés au dossier.
Les vidéos saisies mettent en scène des personnes de nationalités sénégalaise, congolaise et nigériane. Les enquêteurs notent que, dans la majorité des cas, les visages des femmes étaient dissimulés.
Des poursuites lourdes et une enquête toujours en cours
À l’issue de l’enquête, les cinq suspects sont poursuivis pour association de malfaiteurs, proxénétisme, collecte et diffusion d’images à caractère personnel, menaces, chantage, mise en danger de la vie d’autrui et défaut de carnet sanitaire.
Les investigations se poursuivent afin d’identifier et d’interpeller les autres membres du réseau. Dix-sept personnes supplémentaires ont déjà été formellement identifiées sur les vidéos saisies.
Les administrateurs européens, connus sous les pseudonymes « Moustapha » et « RENIWA », considérés comme les cerveaux de l’organisation, sont activement recherchés depuis près de deux ans.












