Assises des daaras : Ousmane Sonko place un secteur longtemps marginalisé au cœur d’une refondation éducative ambitieuse

Longtemps marginalisés dans les politiques publiques, les daaras amorcent un tournant historique. À travers les Assises nationales, le gouvernement affiche une volonté assumée : faire de ces écoles coraniques des piliers modernes du système éducatif sénégalais.
À Dakar, la clôture des Assises des daaras n’a pas seulement marqué la fin de deux jours de concertations. Elle a symbolisé, selon le Premier ministre Ousmane Sonko, « une alliance historique » entre une exigence sociale longtemps ignorée et une ambition politique désormais assumée.
Au cœur de cette dynamique : l’intégration des daaras dans le référentiel stratégique Sénégal Vision 2050, avec l’objectif de transformer en profondeur ces institutions religieuses, longtemps restées en marge du système éducatif formel.
Du traditionnel au moderne : une mutation stratégique
Pour le chef du gouvernement, il ne s’agit plus simplement de reconnaître les daaras, mais de les réinventer. L’ambition est claire : bâtir un « daara de demain », capable de conjuguer spiritualité, savoir et compétences modernes.
Cette transformation repose sur une idée forte : sortir les daaras de leur isolement historique pour en faire des structures pleinement intégrées, productives et compétitives.
« Il s’agit d’un daara réconcilié avec lui-même », a insisté Ousmane Sonko, évoquant un modèle éducatif où l’enseignement coranique cohabite avec les exigences contemporaines, notamment en matière d’employabilité et de performance.
Sept axes pour refonder tout un système
Les conclusions des Assises s’articulent autour de sept axes majeurs qui dessinent une véritable feuille de route.
Parmi les priorités :
Une clarification du rôle éducatif des daaras, avec une redéfinition de leurs missions ;
Une gouvernance modernisée, basée sur la transparence financière et la rigueur administrative ;
Un cadre juridique renforcé, garantissant reconnaissance et sécurité institutionnelle ;
L’amélioration des conditions de vie des apprenants, longtemps dénoncées ;
Une réforme pédagogique, conciliant tradition coranique et standards académiques modernes ;
L’insertion professionnelle des diplômés, pour en faire des acteurs économiques à part entière ;
La valorisation du statut des maîtres coraniques, à travers une reconnaissance officielle et un système de recrutement structuré.
Une réponse à une urgence sociale
Derrière cette réforme, se dessine une réponse à une problématique profondément sociale. Pendant des décennies, les daaras ont été associés à la précarité, notamment à travers le phénomène des enfants talibés vivant dans des conditions difficiles.
Les acteurs du secteur ont ainsi insisté sur la nécessité de restaurer la dignité de l’apprenant, en améliorant significativement les environnements d’apprentissage et les conditions de vie.
Un engagement politique fort, mais attendu sur le terrain
En s’engageant personnellement à transmettre les recommandations au président de la République, Ousmane Sonko a voulu donner un signal fort. L’enjeu désormais : traduire ces orientations en politiques publiques concrètes.
Car si les ambitions sont saluées, leur mise en œuvre reste le véritable défi. Moderniser les daaras implique des moyens financiers, une coordination institutionnelle efficace et surtout une adhésion durable des acteurs religieux et éducatifs.
Vers une nouvelle architecture éducative sénégalaise ?
Avec cette réforme, le Sénégal semble amorcer une redéfinition profonde de son modèle éducatif. En intégrant les daaras dans une vision globale, les autorités cherchent à bâtir un système plus inclusif, enraciné dans les réalités culturelles tout en étant tourné vers l’avenir.
Reste à savoir si cette « alliance historique » annoncée saura résister à l’épreuve du temps et produire les transformations attendues sur le terrain.













