Dans les coulisses de Gaindesat-1B : comment se construit un satellite sénégalais

Construire un satellite n’a rien d’un travail ordinaire. C’est une mécanique d’une extrême finesse, un univers où chaque vis, chaque carte électronique et chaque module compte. Pour Ousmane Diop et Ismaïla Sall, deux des artisans du programme spatial sénégalais, le montage d’un nanosatellite comme Gaindesat-1B est un exercice où l’erreur n’a pas sa place. Dans une interview accordée au quotidien Le Soleil, ils lèvent le voile sur un métier encore méconnu, qui mêle à la fois précision, patience et haute technologie.
Ousmane Diop, technicien en intégration et tests au sein du programme Sensat, raconte le quotidien d’un travail chronométré dans lequel chaque geste a un protocole. Les différents modules, alimentation, caméra, communication, cartes électroniques, structure, sont d’abord assemblés séparément avant d’être intégrés dans le corps du satellite suivant un ordre strict. Après chaque étape, une série de tests est réalisée pour s’assurer que tout fonctionne correctement. Puis viennent les essais les plus exigeants : vibrations, chaleur extrême, vide spatial, radiofréquence. Autant d’épreuves indispensables pour garantir que Gaindesat-1B survivra au lancement et aux conditions hostiles de l’espace. Lorsque toutes les validations sont obtenues, le satellite peut enfin rejoindre le site de lancement.
Pour un engin comme Gaindesat-1B, la conception et la fabrication s’étalent généralement sur douze à vingt-quatre mois, auxquels s’ajoutent quelques mois de préparation avant le décollage. Une durée qui peut atteindre jusqu’à trois ans selon la complexité de la mission. C’est un marathon scientifique où chaque étape conditionne la suivante.
Ismaïla Sall, ingénieur en développement de systèmes spatiaux et responsable technique de Gaindesat-1A, confirme cette réalité exigeante. Chaque sous-système, ordinateur de bord, panneaux solaires, modules radio, caméras, alimentation, est d’abord monté et testé indépendamment. Puis l’ensemble est intégré dans la structure compacte du CubeSat. S’ensuivent d’autres vérifications : compatibilité mécanique, cohérence électrique, intégrité logicielle. Une fois l’assemblage achevé, débute la phase la plus redoutée : les tests de résistance. Vibrations simulant le décollage, variations thermiques extrêmes, mise sous vide, essais de communication, validation de l’autonomie. Le moindre défaut peut condamner la mission, car une fois en orbite, aucune intervention n’est possible.

Pour l’ingénieur, cette rigueur fait partie du processus : compter entre dix-huit et trente-six mois de travail, plus le temps de planifier le lancement, avant de voir en quelques heures seulement le fruit de plusieurs années d’efforts se déployer dans l’espace. Un contraste saisissant, mais qui fait la beauté de ce métier où la patience côtoie la conquête.

Le Sénégal, encore jeune dans l’aventure spatiale, apprend désormais à maîtriser ces étapes complexes. Grâce à des experts comme Diop et Sall, la nouvelle génération de satellites nationaux continue de se construire, pièce après pièce, test après test, jusqu’à rejoindre là-haut, dans le silence de l’orbite, la trace d’un pays qui regarde résolument vers l’avenir.












