Relance de l’usine de Bokhol : l’ANA veut réduire les coûts et dynamiser l’aquaculture au nord du Sénégal

Dans le nord du Sénégal, l’aquaculture amorce un nouveau tournant. À Bokhol, dans le département de Dagana, l’usine de production d’aliments pour poissons s’apprête à reprendre du service. Une relance stratégique annoncée par le directeur général de l’Agence nationale de l’aquaculture (ANA), Dr Samba Kâ, avec un objectif clair : alléger les coûts de production et stimuler un secteur encore sous-exploité.
Depuis plusieurs années, le coût élevé de l’alimentation des poissons constitue l’un des principaux obstacles au développement de l’aquaculture au Sénégal. En remettant en marche cette unité industrielle, les autorités entendent lever ce frein structurel. « Cette initiative devrait contribuer à réduire significativement les coûts de production », a affirmé Dr Kâ, en marge d’une cérémonie de formation de techniciens à Richard-Toll.
Au-delà de cette mesure conjoncturelle, c’est toute une vision de développement durable qui se dessine. La région nord, portée par la proximité du fleuve Sénégal, dispose d’atouts naturels considérables. Pour le directeur général de l’ANA, l’aquaculture représente aujourd’hui une réponse crédible à la pression croissante sur les ressources halieutiques. Elle offre, selon lui, des perspectives prometteuses en matière de sécurité alimentaire, mais aussi de création d’emplois, notamment pour les jeunes.
L’une des innovations mises en avant repose sur l’intégration entre aquaculture et agriculture. Cette approche permet de réutiliser l’eau des bassins piscicoles pour l’irrigation des cultures, réduisant ainsi le recours aux engrais chimiques. Une synergie qui s’inscrit dans une logique d’économie circulaire et de valorisation optimale des ressources.
Sur le terrain, cette dynamique se traduit déjà par plusieurs initiatives concrètes. Parmi elles, l’inauguration récente d’un bloc administratif destiné à améliorer les conditions de travail des agents de l’ANA dans la zone nord. Mais surtout, la mise en place prochaine d’un mécanisme de financement dédié pourrait changer la donne.
En partenariat avec la Banque nationale pour le développement économique (BNDE) et le Fonds de garantie des investissements prioritaires (FONGIP), une ligne de crédit spécifique à la filière aquacole est en cours de déploiement. Elle couvrira toute la chaîne de valeur, de la production d’alevins à la commercialisation. Les premiers projets bénéficiaires seront sélectionnés dès le 21 avril, marquant une étape décisive pour les porteurs d’initiatives.
Parallèlement, l’accent est mis sur le renforcement des compétences. La session de formation organisée avec l’appui de l’organisation internationale WISHH s’inscrit dans une logique de professionnalisation continue. Les techniciens formés sont appelés à jouer un rôle de relais dans les différentes antennes de l’ANA, afin de diffuser les bonnes pratiques et améliorer l’encadrement des acteurs.
À travers ces actions combinées – baisse des coûts, accès au financement, montée en compétences – l’aquaculture sénégalaise semble entrer dans une nouvelle phase. Une phase où ambition rime avec structuration, et où le potentiel longtemps évoqué pourrait enfin se traduire en résultats tangibles sur le terrain.













