Sénégal : le FMI salue la résilience économique et la transparence budgétaire, mais alerte sur les risques liés à la dette

Après deux semaines d’intenses discussions à Dakar, la mission du Fonds monétaire international (FMI), conduite par Edward Gemayel, a bouclé sa visite le 6 novembre 2025. Objectif : évaluer la situation macroéconomique du Sénégal, faire le point sur la gestion de la « dette cachée » révélée plus tôt dans l’année, et poser les bases d’un nouveau programme soutenu par l’institution de Washington.
À l’issue de la mission, le constat du FMI est nuancé : le Sénégal affiche une résilience économique remarquable, mais doit encore renforcer sa gouvernance budgétaire pour préserver la confiance et la stabilité financière.
Selon le communiqué final, la croissance du PIB réel est estimée à 7,9 % en 2025, portée par la première année complète de production pétrolière et gazière, ainsi qu’un rebond du secteur agricole. Hors hydrocarbures, l’activité reste solide (+3,4 %), tandis que l’inflation se stabilise autour de 1,4 %, un niveau historiquement bas dans la sous-région.
Cette dynamique contraste avec un contexte mondial incertain et des conditions de financement plus restrictives. Pour le FMI, elle illustre la robustesse de l’économie sénégalaise et l’efficacité des mesures correctives engagées par les nouvelles autorités depuis la révélation de la dette cachée.
La transparence en progrès, mais la dette pèse encore lourd
La mission du FMI a salué les avancées en matière de transparence, de discipline budgétaire et de gouvernance des finances publiques, tout en soulignant que des défis majeurs persistent. La dette du secteur public et parapublic atteindrait 132 % du PIB à fin 2024, dont 4 % d’arriérés intérieurs de paiement.
Les autorités poursuivent des opérations de gestion active de la dette, aussi bien intérieure qu’extérieure, pour réduire les vulnérabilités et restaurer la soutenabilité budgétaire. Un audit approfondi mené par l’Inspection générale des finances devrait permettre de mieux cerner l’ampleur réelle des engagements non enregistrés.
Le FMI encourage le gouvernement à centraliser les fonctions de gestion de la dette au sein d’un même ministère et à achever les réformes structurelles prévues pour renforcer le contrôle, la transparence et la redevabilité publique.
Un budget 2026 ambitieux, mais à calibrer
Le projet de loi de finances 2026 traduit l’ambition du gouvernement de ramener le déficit budgétaire à 5,4 % du PIB, contre 7,8 % en 2025 et 13,4 % en 2024. Cet ajustement repose sur une mobilisation accrue des recettes fiscales : nouvelles taxes sur les jeux de hasard, les transferts mobiles et le foncier, mais aussi réduction progressive des exonérations.
Si ces mesures témoignent d’une volonté claire de redressement, le FMI appelle à la prudence : le rendement fiscal attendu paraît ambitieux, et des hypothèses plus réalistes permettraient de préserver les investissements publics essentiels tout en maintenant la crédibilité budgétaire.
Vers un nouveau programme avec le FMI
Pour Edward Gemayel, la mission a permis de « franchir des étapes importantes vers la mise en place d’un nouveau programme soutenu par le FMI ». Ce futur accord visera à renforcer la soutenabilité budgétaire, améliorer la gestion de la dette et consolider la gouvernance des finances publiques, des piliers jugés essentiels pour le succès économique du pays.
Le chef de mission a salué l’« engagement continu » des autorités, du président Bassirou Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko, en faveur d’une gestion macroéconomique prudente et d’une transparence accrue.
« Malgré un contexte mondial incertain, l’économie sénégalaise reste robuste », a déclaré M. Gemayel, avant de féliciter les équipes gouvernementales pour leur coopération et la qualité du dialogue technique.
Un partenariat à refonder
Au-delà des chiffres, cette mission marque un tournant dans les relations entre Dakar et le FMI. Le Sénégal, longtemps cité en exemple pour sa discipline budgétaire, cherche à restaurer la confiance après le choc de la dette cachée. Pour l’institution internationale, la transparence affichée par les nouvelles autorités est un signal fort de rupture et de responsabilité.
Si le nouveau programme à venir reste à finaliser, le ton est donné : faire de la vérité des comptes publics et de la soutenabilité de la dette les fondements d’un développement durable et souverain.












