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Idrissa Seck, le miraculé de l’opposition de Macky Sall

CHRONIQUE – Avec une baisse de son électorat à la dernière élection présidentielle (7,86 % en 2012), beaucoup de Sénégalais parmi lesquels certains acteurs et analystes politiques voyaient déjà Idrissa Seck, l’ancien premier Ministre d’Abdoulaye Wade comme un homme politique mort. Ils brandissaient la baisse drastique de sa cote de popularité comme argument pour signer sa fin de carrière. Le souteneur de Macky Sall au second tour de l’élection présidentielle de 2012, prend les devants. Il claque très tôt la porte de la coalition ” Benno Bokk Yaakaar”, qui a porté Macky Sall à la tête du pays, par un rappel des troupes de Rewmi dans le nouveau gouvernement. La fin de l’État de grâce de la bande à Dethié Fall sonne. Rewmi retourne dans le “maquis”.

Ainsi, Idrissa Seck pose son premier acte de dissidence contre le régime de Macky Sall. Mais l’euphorie de la victoire écrasante du patron des “aperistes”, élu avec 65 % des voix, a trompé la vigilance des caciques du nouveau régime. Aucun regret n’est exprimé par le nouvel héritier du fauteuil présidentiel. Donc, rien n’a signalé (RAS). Idrissa Seck est désarmé, l’un de ses fidèles lieutenants Oumar Gueye, actuel ministre de la Pêche refuse de quitter le navire de Macky Sall, non sans compter une vague de démission qui suivra cette période de mauvaise impasse. Omar Sarr, Pape Diouf, Thierno Bocoum abandonne la “Maison Orange”.

Idy résiste et déroule en sourdines son programme politique sous l’indifférence totale du président de la République Macky Sall, qui semblait à l’époque être beaucoup plus intéressé par l’activation de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), qui n’existe dans aucun pays démocratique. Mais les subterfuges juridiques font partie du jeu politique. Aucun détail n’est à négliger devant l’adversaire.

Ainsi, Karim Wade qui sera désigné candidat du Parti démocratique sénégalais (PDS) est poursuivi par l’Etat, et condamné à sept ans de prison ferme par la CREI qui l’a presque dépouillé de tous ses biens. Le camp présidentiel applaudit avec les deux mains. Il vient de se débarrasser d’une grosse épine : un potentiel adversaire à la prochaine élection présidentielle, qui peut compter sur ses nombreux mouvements de soutien et surtout sur un appareil politique bien implanté dans toute l’étendue du territoire, est juridiquement neutralisé.

A chacun son tour chez le coiffeur, l’ex maire de la capitale sénégalaise Khalifa Sall, connu par ses belles prouesses électorales, butte sur l’affaire de la caisse d’avance. Le procureur de la République Bassirou Gueye veut sa tête. Idy s’insurge contre ce qu’il qualifie d’une cabale politique orchestrée contre le maire de Dakar visant à liquider un potentiel adversaire politique. Il se rapproche de Khalifa Sall.

Ainsi, une nouvelle alliance politique prend naissance : Manko Takhawou Sénégal qui sera dirigée par Khalifa Sall aux élections législatives de juillet 2017. Conscient des nombreuses défections au sein de son parti Rewmi, Idrissa Seck joue la carte de la coalition en laissant la main à Khalifa Sall. Mais avec les chances très réduites du maire de Dakar, qui estime être victime d’un complot politique, d’être acquitté par le tribunal, Idy s’affirme de plus en plus comme le leader de cette coalition. « En vérité, le Président de la république du Sénégal pour des raisons qui lui sont propres m’a taillé un destin présidentiel. Cette peur qui ne le quitte plus a déclenché dans son microcosme une hystérie collective qui fait de ma liquidation politique une priorité », déclare Khalifa Sall.

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Idrissa Seck déroule tranquillement sa feuille de route. Avec une stratégie de communication particulière, il répond par le silence aux tirs-groupés des partisans de Macky Sall. Il ne cherche qu’un seul interlocuteur Macky Sall qu’il a réussi à pousser à la réplique sur le dossier des accords gaziers signés, vendredi 9 février à Nouakchott, avec la Mauritanie. Il accule le chef de l’État et exige la publication des accords en faisant un clin d’œil à son ancien mentor Abdoulaye Wade. « Si vous prenez le cas du président Abdoulaye Wade, aujourd’hui l’Afrique et le Sénégal sont privés de son talent diplomatique et de son envergure ainsi que de toute sa flamboyance. Aujourd’hui, ni l’Union africaine, ni la Cedeao, ni l’Uemoa, ni l’Onu ne font appel à lui du seul fait du traitement que lui réserve Macky Sall. Je trouve cela indigne », se désole-t-il.

Aujourd’hui, Idrissa Seck s’impose comme l’adversaire le plus sérieux de Macky Sall à la prochaine élection présidentielle. Il a une base politique qui lui reste fidèle malgré les nombreux manœuvres politiques visant à l’arracher dans le cœur de la population de la capitale régionale du rail. Et vu le timing, il serait difficile qu’une procédure judiciaire puisse l’empêcher de se représenter à l’élection présidentielle de 2019 comme ce qui risque d’arriver à Karim Wade et Khalifa Sall. D’où, le danger de sous-estimer Idrissa SECK car il se peut qu’il soit le dernier recours de l’opposition représentative (PDS, Manko Takhawou Sénégal), qui malgré leurs divergences idéologiques ont quelque chose en commun : le rêve de se débarrasser de Macky Sall en 2019.

DJIBY SENE / Journaliste – Blogueur

NB – Publié le 25 février 2018

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Journaliste et Blogueur, Fondateur du Blog de la Jeunesse Consciente.
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