Le pouvoir ne doit jamais effacer la mémoire

Chronique – En politique, il existe des fidélités qui devraient résister au temps, aux honneurs et aux privilèges du pouvoir. Car lorsqu’un homme accepte de sacrifier sa liberté, sa tranquillité et parfois même sa sécurité pour porter un projet collectif, la moindre des choses est de reconnaître ce combat avec dignité et loyauté.
Au Sénégal, personne ne peut honnêtement raconter l’histoire de l’alternance de 2024 sans citer le rôle central de Ousmane Sonko. C’est lui qui a porté le combat politique pendant des années, affronté les interdictions, les attaques, les campagnes de diabolisation et les épreuves judiciaires. C’est autour de son engagement que des milliers de jeunes ont retrouvé espoir et décidé de croire à une rupture possible.
Et pourtant, aujourd’hui, une partie de l’opinion assiste avec amertume à la posture de Bassirou Diomaye Faye, qui semble désormais assumer ses divergences avec celui grâce à qui il est devenu président de la République. Ce qui choque de nombreux militants, ce n’est pas l’existence de désaccords politiques — ils existent dans tous les partis — mais cette impression grandissante de prise de distance froide et calculée vis-à-vis de Ousmane Sonko.
Beaucoup de Sénégalais n’oublient pas que Bassirou Diomaye Faye n’était pas le choix naturel du peuple au départ. Il a été porté, soutenu et imposé politiquement par Ousmane Sonko dans un contexte extrêmement difficile. Sans cette confiance absolue de Sonko et sans la mobilisation militante construite autour de son nom, la victoire de Pastef aurait été presque impossible.
Dès lors, voir certains responsables tenter aujourd’hui de marginaliser politiquement Ousmane Sonko ou de le présenter comme un obstacle devient incompréhensible pour la base militante. Plus grave encore, certains comportements donnent l’impression qu’une stratégie silencieuse est en train de se construire pour éloigner progressivement celui qui a pourtant été l’architecte principal de cette victoire historique.
Le pouvoir a parfois cette capacité dangereuse : il pousse certains hommes à oublier d’où ils viennent, qui les a soutenus et grâce à quels sacrifices ils sont arrivés au sommet. Mais le peuple, lui, n’oublie jamais. Les militants non plus.
Ceux qui pensent pouvoir affaiblir Ousmane Sonko à travers des manœuvres internes se trompent profondément sur la nature du lien qui l’unit à une grande partie de la jeunesse sénégalaise. Ce lien ne repose pas seulement sur une stratégie politique ; il repose sur un symbole de résistance, de courage et de constance dans le combat.
Le Sénégal n’a pas besoin d’une guerre froide au sommet de Pastef. Mais il serait tout aussi dangereux de croire que les militants accepteront silencieusement toute forme de mise à l’écart ou d’ingratitude politique envers Ousmane Sonko.
L’histoire politique est impitoyable avec les hommes qui oublient leurs compagnons de lutte une fois arrivés au pouvoir. Car si le pouvoir se conquiert avec des alliances, il se perd souvent à cause de la trahison et de l’oubli.
Et dans cette histoire, beaucoup savent déjà de quel côté se trouve le sacrifice.













