Pikine : un homme tué après avoir été ébouillanté par sa première épouse, quatre membres de la famille déférés

À Pikine, le calme d’un quartier populaire s’est brisé sous le poids d’un drame que personne n’aurait imaginé. Derrière les murs discrets d’une concession de Colobane, une histoire de jalousie, de silence et de douleur s’est transformée en tragédie irréversible. Bacary Badji, 67 ans, a succombé à de graves brûlures après avoir été ébouillanté par sa première épouse, une nuit de novembre. L’homme, connu pour sa tranquillité, n’aura pas survécu aux blessures infligées dans son propre foyer.
Tout commence à l’hôpital Idrissa Pouye, lorsque l’établissement demande l’ouverture d’une enquête après le décès du sexagénaire. Les médecins, désemparés face à la gravité des brûlures et à l’absence de déclaration officielle, alertent la police. Ce signalement va ouvrir une page sombre d’un drame longtemps étouffé.
Aux enquêteurs, le fils aîné raconte une version difficile à soutenir : son père aurait été brûlé dans son sommeil par sa femme, dans la nuit du 18 novembre, vers une heure du matin. Une scène brutale, un geste violent, dont les causes profondes se trouvaient dans un climat conjugal devenu explosif depuis l’arrivée d’une seconde épouse dans la vie de Bacary Badji. Pourtant, malgré la souffrance du père, malgré la gravité de l’acte, personne n’avait pris le chemin du commissariat.
La première épouse, M. M. Coly, 51 ans, mère de sept enfants, finit par reconnaître les faits. Sa voix, rapportent les enquêteurs, est celle d’une femme accablée, perdue entre la colère, la jalousie et une relation conjugale devenue insupportable. Elle avoue avoir déversé de l’eau bouillante sur son mari endormi, sans parvenir à exprimer clairement le mobile exact de son geste.
Le silence, lui aussi, devient un personnage central de cette histoire. Les deux fils de la victime racontent avoir été réveillés par les cris de leur père. Panique, confusion, puis l’instinct de protection : ils transportent leur père en urgence au centre de santé, puis chez un voisin, H. Ndiaye, où il restera plusieurs jours, loin des regards. Tous affirment avoir obéi à la volonté du père, qui aurait demandé de ne rien déclarer. Mais ce silence, aussi lourd que la douleur, va finalement les emporter dans le tourbillon judiciaire. Eux aussi seront arrêtés, tout comme le voisin qui a accueilli le blessé.
Lorsque la vérité éclate, il ne reste plus que des familles divisées, un voisinage choqué et une communauté qui tente de comprendre comment une jalousie, des conflits récurrents et des mois de tensions ont pu conduire au pire. Aucune preuve ne vient confirmer les troubles mentaux évoqués par l’un des fils pour expliquer le geste de leur mère. Ce qu’il reste, c’est un père qui a souffert en silence, des enfants perdus entre loyauté et peur, et une femme désormais accusée de meurtre.
Déférée devant le tribunal de Pikine-Guédiawaye, la mise en cause affrontera la justice. Ses deux fils et le voisin sont, eux, poursuivis pour complicité dans un drame où chacun, à sa manière, a tenté de protéger, de cacher ou d’oublier. À Pikine, on parle encore de cette famille brisée, de cette nuit où tout a basculé, et de ce silence qui a fini par trahir tout le monde.












