Porokhane : des milliers de fidèles au Magal 2026 dédié à Sokhna Mame Diarra Bousso

Dès les premières heures de la journée, Porokhane vibre au rythme des pas, des prières et des salutations fraternelles. La petite cité religieuse du département de Nioro du Rip s’est transformée, ce jeudi, en un vaste espace de ferveur et de recueillement à l’occasion de l’édition 2026 du Magal dédié à Sokhna Mame Diarra Bousso, figure tutélaire du mouridisme et mère de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, fondateur de la confrérie.
Venus du Sénégal et de la diaspora, des milliers de fidèles ont convergé vers ce lieu hautement symbolique, situé à une douzaine de kilomètres de Nioro du Rip. Dans les rues sablonneuses, les chants religieux se mêlent aux invocations, tandis que des groupes de pèlerins, chapelets à la main, avancent lentement vers la grande mosquée qui abrite le mausolée de Sokhna Mame Diarra. Là, de longues files se forment dans un silence empreint de respect, chacun cherchant un moment d’intimité spirituelle pour adresser prières et remerciements à celle que beaucoup considèrent comme la « mère du mouridisme ».
La ferveur ne s’arrête pas aux portes du mausolée. À quelques pas, le puits historiquement fréquenté par Sokhna Diarra Bousso attire, lui aussi, une foule nombreuse. L’eau qui en est tirée est perçue comme bénie, et les fidèles la recueillent avec soin, convaincus de ses vertus spirituelles. Pour beaucoup, ce geste symbolise un lien direct avec l’héritage de piété et de dévotion laissé par la sainte-mère de Serigne Touba.
Institué en 1951 par Cheikh Mouhamadoul Bachir Mbacké, quatrième fils de Cheikh Ahmadou Bamba, le Magal de Porokhane s’est imposé au fil des décennies comme l’un des grands rendez-vous religieux de la confrérie mouride. Bien au-delà de la commémoration, il est devenu un temps fort de transmission des valeurs spirituelles et morales portées par Serigne Touba à travers la vie exemplaire de sa mère.
Parmi les pèlerins, les témoignages traduisent la profondeur de l’attachement à Porokhane. Modou Diop Mbaye, venu de Miami, confie que ce Magal est avant tout « un moment de recueillement et de solidarité », où les fidèles se reconnectent aux enseignements du mouridisme dans un esprit de partage. Pour Coumba Dieng, arrivée de Guédiawaye, la journée est synonyme de renforcement de la foi. Habituée des lieux, elle revient chaque année pour réciter le Matlaboul Chifayi, poème de Cheikh Ahmadou Bamba auquel elle attribue des vertus spirituelles et curatives. Elle évoque avec émotion les grâces et les bienfaits qu’elle dit avoir reçus au fil des ans.
À Porokhane, le Magal est aussi un moment de communion collective. Makhtar Diouf, disciple venu de Thiès, y voit « une célébration qui soude les mourides autour de leur guide spirituel ». Dans cette atmosphère de dévotion, la cité religieuse devient un espace où les différences s’estompent, laissant place à une fraternité nourrie par la foi.
Cette affluence exceptionnelle a également un impact sur la vie locale. Malgré une conjoncture économique jugée difficile, les activités commerciales connaissent une animation inhabituelle. Entre les étals improvisés et les boutiques ouvertes tard dans la nuit, les commerçants se montrent confiants, convaincus que le Magal de Porokhane reste une source de bénédictions et d’opportunités. « Personne ne vient ici sans repartir avec quelque chose », glisse l’un d’eux, résumant un sentiment largement partagé.
Le temps d’une journée, Porokhane devient ainsi bien plus qu’une cité religieuse : un carrefour de spiritualité, de mémoire et de solidarité, où la figure de Sokhna Mame Diarra Bousso continue d’inspirer des générations de fidèles à travers le Sénégal et au-delà.













