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Valorisation des phosphates : Ousmane Sonko amorce un virage stratégique vers la transformation locale

À Rabat, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a levé le voile sur une ambition stratégique majeure : refonder la politique nationale de gestion des phosphates afin d’en faire un véritable levier de développement économique et agricole. En visite officielle au Maroc, le chef du gouvernement a annoncé la création prochaine d’une structure publique dédiée à la valorisation des importantes réserves sénégalaises, notamment celles situées dans la région de Matam, longtemps exploitées sans transformation industrielle significative.

Pour Ousmane Sonko, le constat est sans appel. Depuis plusieurs décennies, le Sénégal s’est contenté d’extraire et d’exporter la matière brute, reproduisant un modèle économique peu rentable et faiblement créateur de valeur. « Ce schéma ne nous a pas profité », a-t-il reconnu, pointant du doigt les limites d’un système qui, paradoxalement, n’a pas permis au pays de satisfaire pleinement les besoins de ses propres agriculteurs en engrais. À l’inverse, le Maroc a opéré, il y a plusieurs années, un virage stratégique décisif en construisant une chaîne de valeur complète autour de ses phosphates, depuis l’extraction jusqu’à la transformation industrielle et la commercialisation de produits à forte valeur ajoutée.

La visite de la plateforme industrielle du Groupe OCP, à Jorf Lasfar, a servi de cadre à cette réflexion. Le géant mondial des phosphates, présent sur les cinq continents et collaborant avec des centaines de partenaires internationaux, incarne aujourd’hui un modèle intégré où l’industrie, la recherche et l’innovation sont étroitement liées. Une expérience que le Sénégal entend désormais mettre à profit. Le Premier ministre a ainsi évoqué des perspectives de coopération avancées avec le Groupe OCP, fondées sur le transfert de savoir-faire, l’expertise industrielle et l’accompagnement technique de la future structure sénégalaise chargée de la transformation des phosphates.

Entouré de plusieurs membres du gouvernement, notamment en charge de l’Industrie, de l’Agriculture, de l’Enseignement supérieur et de la Planification économique, Ousmane Sonko a insisté sur la dimension transversale de ce projet, appelé à impacter durablement la souveraineté alimentaire, l’industrialisation et l’emploi. La transformation locale des phosphates apparaît ainsi comme un pilier d’une nouvelle politique économique, tournée vers l’autonomie productive et la réduction de la dépendance extérieure.

La visite à l’Université polytechnique Mohammed VI de Salé a renforcé cette vision. Financé par le Groupe OCP, cet établissement est au cœur de la stratégie marocaine de recherche-développement, intégrée à la chaîne de valeur des phosphates. Accueilli par des étudiants sénégalais engagés dans des formations scientifiques de pointe, le Premier ministre a salué leur parcours et exprimé l’espoir de voir émerger, à moyen terme, des infrastructures universitaires similaires au Sénégal. Il a souligné le rôle central que devront jouer la formation, l’innovation et la recherche appliquée dans la réussite du nouveau modèle envisagé.

À travers cette visite, Ousmane Sonko a voulu envoyer un signal clair : le Sénégal entend rompre avec une logique d’exportation brute de ses ressources naturelles et s’engager résolument dans une dynamique de transformation locale et de montée en gamme industrielle. Une orientation stratégique qui, si elle se concrétise, pourrait repositionner le pays comme un acteur crédible et souverain dans l’économie des phosphates en Afrique de l’Ouest.

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Journaliste et Blogueur, Fondateur du Blog de la Jeunesse Consciente.
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